Billet d’Avignon 2

De Tribune à Cioran en passant par un Flamenco fougueux

Je vis Avignon comme une déambulation. Dans mon espace ainsi reconstruit et loin de la machinerie des commerces et promoteurs théâtraux.

Loin des parades nauséabondes des politicien (nes) en jupons bouffonnant  et sans noblesse de la dérision.

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=7763

J’espère toujours la beauté des rencontres, prévues et imprévues.

Le temps se distend, se resserre quand d’un souvenir nous faisons une journée.

Ainsi, ma Journée pourrait se raconter ainsi,

À 11h, au détour de la rue du roi René, le théâtre des Halles ouvre Chapiteau à Tribune William Shakespeare, portée avec Force et bienveillance par Laurent Schuh , et emportée intuitivement en violoncelle par Marc Lauras.

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http://www.avignonleoff.com/programme/2015/par-titre/t/tribun-e-william-shakespeare-15675/

Cette tribune nous intime que « L’avenir presse. Demain ne peut pas attendre. L’humanité n’a pas une minute à perdre. » pour entendre et porter haut les mots d’Hugo. Oui « c’est au théâtre que se forme l’âme publique ».

Il est des textes fondateurs, des textes qui réveillent. Il est des Hommes pour les porter et les écouter.

Ici nous est rappelé que Donner à entendre un texte, c’est d’abord l’écouter intimement au point que le partage devient nécessaire afin que chaque mot résonnera comme une évidence. N’est-ce pas la seule manière de transmettre.

Aussi, si vous êtes en Avignon, et en quête de Sens, ici, il vous faudra commencer la journée par Tribune et vous laisser porter par cette Chair(e) donnée à ce texte.  Où vous emmènera-t-elle ? Guide, lanterne, pulsion à aller vers.

Si vous ne pouvez y assister, il vous faudra alors partir en quête, scruter les places des mairies, des institutions publiques car là sera sa Place particulièrement criante en ces temps où les peuples sont humiliés, où l’on tente de faire ployer nos pays aïeux.

Puis, à 12h30, il vous faudra entendre Courbet questionner son art. D’une jubilation débonnaire il ne cessera de questionner.  Lui qui dans son atelier ne cessait d’inviter ce prolétariat au nom de qui l’on écrit sans le connaître.

Il vous faudra en supporter ce triste constat dans la consternation de Proudhon « fatigué de rêver de révolution » et sa maladresse à estimer ces semblables femmes et hommes. Le réalisme de Courbet comme histoire morale et physique de son époque.

Courbet qui s’est tant peint et qui rajoutait de la beauté dans chacun de ces visages car de la grâce il voyait cette poussière d’étoile dont nous sommes tous étreints.

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http://www.avignonleoff.com/programme/2015/par-titre/a-z/proudhon-modele-courbet-14000/

Puis, de la réalité de la stigmatisation, dans « J’appelle mes frères » il nous faudra juger une société qui  permet à des jeunes gens d’être mis au banc du seul fait de leurs origines, dans une drôle de réitération historique. Comment ne pas reconnaître la folie des terrorismes et laisser rationnaliser les terreurs/ peurs macabres face à l’Autre, c’est-à-dire à ce que je nomme étranger dans une traque systématique où même les victimes finissent pas se fantasmer bourreau.

Mais comment pourrait-il en être autrement, comment accepté sinon d’être victime gratuite d’un système qui (s’)affole. Cette jeune troupe d’une force de jeu incomparable vous emmènera loin dans ses réflexions et à leur appel, il vous semblera difficile de ne rien répondre, quand seul, vous y repenserez.

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http://www.avignonleoff.com/programme/2015/par-titre/a-z/j-appelle-mes-freres-14883/

Puis, de la manipulation de masse, nous questionnerons la manipulation individuelle où les nantis n’hésitent pas une seconde, n’en doutez jamais, à se servir des peines et douloureux amours de ceux qu’ils jugent de leurs « hauteurs »  tels des pantins.

Ainsi Don Salluste, orgueilleux personnage et joué dans une rare justesse par Mathieu Alexandre,  vous livrera ses stratagème de vengeance dans une mise en scène se voulant ancrée dans la contemporanéité de nos échos et qui d’un rire vous embarquera dans force d’univers et criants outrages.

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http://www.avignonleoff.com/programme/2015/par-titre/a-z/ruy-blas-ou-la-folie-des-moutons-noirs-14193/

Vous pensez alors peut être que de la légèreté vous avez atteint, mais ce ne sera que pour mieux vous questionner avec Hugo sur l’opprobre qui est fait aux « gens de peuple ». Ruy Blas en deviendra héros tragique, veilleur de l’eros doux.  Et comment l’amour, ce sentiment toujours juste est raillé dans une triste farce par ceux qui ont abandonné toute sincérité pour le profit des biens ou des êtres, que l’on consomme.

Ces réflexions vous emmèneront alors à aller applaudir une clown qui de son nez vous livre sa nudité mais avant tout une réflexion autour du corps féminin, et du Corps d’amour surtout… Comment vivre ces transformations, que faire de ses  désirs et de ceux de…

Performance sensible racontant pour et par le corps féminin interpellant forcément quelque chose d’incarnée en nous.

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http://www.avignonleoff.com/programme/2015/par-titre/a-z/nez-a-nue-14212/

Quel signe envoyons-nous, qu’intégrons-nous ?

Là encore, il est question de sincérité car Sabrina Maillé l’est de manière bien évidente.

Puis parce que l’élan vital ne peut que vous rappelez pour reprendre la lutte qu’est cette vie, pas après pas, vous vous fixerez vos yeux sur les pieds, et vous vous envolerez loin avec  Al Andalus Pasion Flamenco en vous, dans ce désir charnel qu’à le corps de s’exprimer dans la contrainte ou dans la liberté.

Tout fait corps dans cette passion dévorante. Tout danse et tout vole.

On frissonne avec eux à chaque note et à chaque pas.

L’envolée sera tel que le Vertige parfois vous prendra et que de cette sensualité vous souhaiterez en effleurer le charme et la passion.

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http://www.avignonleoff.com/programme/2015/par-titre/a-z/al-andalus-flamenco-nuevo-15585/

Les mots fougue, passion, magnifique, …. Transpireront dans vos souvenirs enfiévrés.

Après cela vous passerez nostalgique devant la Maison Jean Vilar, en entendant les échos de « Tous les drapeaux me fatiguent » Hommage à Cioran « un homme qui voyait dans la nuit même en plein soleil », Avec Laurent Schuh, Théodora Carla, Karelle Prugnaud & Marc Lauras.

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http://www.lesartsetmouvants.com/actualites/a-l-affiche/179-tous-les-drapeaux-me-fatiguent.html

Hommage donc à une pensée rieuse bien que au combien torturée par nos paradoxes et miasmes humain.

De grâce et de beauté parée, vous auriez pu écouter Cioran par une danse qu’il aurait aimée, une danse d’un être qui tombe, qui fait tout pour tomber mais qui se relève. Et ce, malgré, tout, car il faut bien aller à la Rencontre de. Vous auriez pu écouter Cioran par un chant, un chant envoûtant, de ceux-là qui résonnent loin en vous. Ces chants qui touchent au cœur.

Enfin, vous auriez pu écouter Cioran par lui-même tel un être revenu de la nuit, de cet Autre espace qui nous englobe tous, discrètement. Et de chaque phrase, vous vous seriez senti  parfois heurté par sa violence et de sa clarté vous vous seriez baigné dans la lumière qui aurait jailli surprenante du fond de cette Salle où la cruauté de l’éros aurait éclaté dans les mains d’une Femme.

Ainsi, vous auriez accompli grâce aux Arts et Mouvants cette prédiction : « Méditez seulement une heure sur l’inexistence du moi et vous vous sentirez un autre homme » Cioran, De l’inconvénient d’être né.

Pour terminer, « car il est plus tard que nous ne le croyez » (Cioran), au pied du Palais du roi Lear, en écoute encore d’autres échos de la ville qui joue vous aurez attendu le calme de la Nuit pour vous  y lover en douceur jusqu’au levée du Soleil , car en être sensible, vous attendez sa chaleur.

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Pour vous,

Céline Huot

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