Le Communiqué

https://www.facebook.com/notes/laurent-schuh/censure-communiqu%C3%A9-de-presse-pour-une-odyss%C3%A9e-qui-tombe-%C3%A0-loh-/1119539978073134?pnref=story

Incompréhension jour 2.

De ce qui avait été commis :

image4« Des voyageurs en partance 

…. 

des valises

….

le dit de l’amour 

…. 

des oreilles suspendues 

….

un mur de 19 320 km de séparations

…. » 

Une Marche

Le fait même de se mettre de debout

Le fait même d’avancer

Le fait même de s’écouter

Le fait même de se chercher

Le fait même de savoir qu’il nous fallait donner existence à un Nous

Le fait même d’être ensemble

Le fait même d’être voyageur

Le fait même d’une même direction

Le fait même d’être en partance

Le fait même d’un chant commun portant à avancer vers

Notre cortège était singulier car loin d’être dans une marche unique, nous étions, être(s) singulier(s), attiré(s) par un ailleurs, par l’autre côté de la vitre du Lavomatic, par le monde des vivants, peut-être par Nous?

Etymologie du mot [marche]

Racine germanique marka (« frontière » mais aussi « signe de démarcation de la frontière »)

Description cheminement avec au cœur le souvenir d’une philosophie ancienne alimentant parole et esprit. 

Nous nous regroupions au détour d’un chemin, d’un tournant, d’un mur, d’un bosquet. Parfois assis, parfois couché, parfois perché,
parfois enfoui.

Ainsi, ensemble, la marche fut douce, provoquant regards interrogateurs et suiveurs.

Ce que j’ai vu : un tapis de chaussures, des chaussures esseulées le image2long de la berge, des chaussures regardant l’autre rive, des chaussures prêtes à rejoindre les profondeurs, des chaussures de noyées, chaussures Orphéliennes, bottes de sept lieux, souliers de pas perdus.

Certains abritaient des éventails odorants, quelques effluves pour nez averti auraient pu m’effleurer si le vent s’en était mêlé.

J’y ai vu des draps suspendus, ballotés par  les vents ; des cordes épaisses, marines ; des oreilles prêtes à entendre ; des feuilles arbres ; des cous se tendre pour voir ; un mur, il y faisait froid malgré le rouge de ses lettres. Mes yeux se sont baissés à la rencontre des murs de la honte.

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Nous étions en route,

« 19320 km de murs séparent les peuples

  • mur entre Corée du Nord et Corée du Sud. 248 km. Hauteur 2 à 3 mètres. Barbelés, grillages. 1963.
  • mur entre Israël et Cisjordanie. 680 kilomètres. Béton, Barrière électronique, barbelés. Commencé en 2002.
  • mur souterrain entre L’Égypte et Gaza. 3 kilomètres. 10 km.
  • béton de 20 à 30 mètres dans le sol. En cours depuis 1979.
  • mur de Chypre entre grecs et chypriotes. 180 km. Largeur : 20 mètres à 7 kilomètres. Barbelés, immeubles, sacs de sable,
  • bidons. De 1964 à 1974.

.

.

.

.

. »

Puis le sentier,

Puis ces espaces secrets en attente de nos présences.

Puis les regards et cette force motrice nous attirant vers,

Ces (ori)peaux enfilés  à la hâte, déformant corps et apparences, qui s’alourdissent à chaque pas

Un poème me trottait lancinant en m’interrogeant sur ce qui pousse à l’exode, à l’exode en emportant tout, en s’aidant par le chant par ces phrases intimes à avancer sur tous les chemins, à être ensemble, à …

« La grasse matinée 

Il est terrible

le petit bruit de l’oeuf dur cassé sur un comptoir d’étain

il est terrible ce bruitimage3

quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim

elle est terrible aussi la tête de l’homme

la tête de l’homme qui a faim

quand il se regarde à six heures du matin

dans la glace du grand magasin

une tête couleur de poussière

ce n’est pas sa tête pourtant qu’il regarde

dans la vitrine de chez Potin

il s’en fout de sa tête l’homme

il n’y pense pas

il songe

il imagine une autre tête

une tête de veau par exemple

avec une sauce de vinaigre

ou une tête de n’importe quoi qui se mange

et il remue doucement la mâchoire

doucement

et il grince des dents doucement

car le monde se paye sa tête

et il ne peut rien contre ce monde

et il compte sur ses doigts un deux trois

un deux trois

cela fait trois jours qu’il n’a pas mangé

et il a beau se répéter depuis trois jours

Ça ne peut pas durer

ça dure

trois jours

trois nuits

sans manger

et derrière ce vitres

ces pâtés ces bouteilles ces conserves

poissons morts protégés par les boîtes

boîtes protégées par les vitres

vitres protégées par les flics

flics protégés par la crainte

que de barricades pour six malheureuses sardines..

Un peu plus loin le bistrot

café-crème et croissants chauds

l’homme titube

et dans l’intérieur de sa tête

un brouillard de mots

un brouillard de mots

sardines à manger

oeuf dur café-crème

café arrosé rhum

café-crème

café-crème

café-crime arrosé sang !…

Un homme très estimé dans son quartier

a été égorgé en plein jour

l’assassin le vagabond lui a volé

deux francs

soit un café arrosé

zéro franc soixante-dix

deux tartines beurrées

et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon. » Jacques Prévert

Et puis soudain, la clairière, on nous attendait, sourire aux lèvres, soucieux, perplexes, et puis un homme déclamant, déclamant, offrant, souffrant,  pleurant, transpirant, suppliant, des mots d’amour, le dit de …

Qu’ont-ils interdit ici : une marche, un mur, une écoute, le dire, un chant, un sentier à contrecourant, un désir, une douleur, un ensemble, un voyage, des chaussures, une oreille rouge ?

A vous,

Céline Huot

https://soundcloud.com/oelune/el-herbolario-1

Liens d’Actualité

http://france3-regions.francetvinfo.fr/picardie/2015/05/30/une-marche-pour-rendre-hommage-amadou-koume-mort-dans-un-commissariat-de-paris-735379.html

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/05/29/face-a-l-exode-des-rohingya-l-asie-du-sud-est-sort-de-l-indifference_4643347_3216.html

http://www.lavoixdunord.fr/region/fourmies-ginette-gouaut-86-ans-veut-faire-revivre-ia12b0n2855322

http://www.lefigaro.fr/international/2015/05/19/01003-20150519ARTFIG00316-le-tragique-exode-deshabitants-de-ramadi-au-kurdistan-irakien.php

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