« Au bout du conte » ce fut un cinéma un jour de Pâque, au bout du conte ce fut  1h30 agréable.

Un jour de Pâques, place de l’Odéon, après un détour par le quartier Saint Michel, le cinéma Danton m’accueille. Je me réjouis à l’idée de voir le nouveau film de la Sensuelle et maternelle Agnès Jaoui et Mr Bougon obstiné Jean-Pierre Bacri.

Déception.

Oui j’ai passé un bon moment, la fin d’après-midi a glissé gentiment. 1h30 à perdre, minutes envolées dans la superficialité des temps mais,

Ce n’est pas ce que j’attends en ce moment. Merde à la fin. Les temps ne sont pas légers et il faut que ça cogne, il faut dénoncer, revendiquer, gigoter, s’agiter, s’émouvoir, pour reprendre un terme à la mode, s’indigner hein Mr Hessel. Avoir la hargne surtout quand on a encore un peu d’argent pour faire des films.

Marre de la mièvrerie. Ah bon l’amour n’est pas un long fleuve tranquille et il couve son lot de perversion. Quelles nouvelles renversantes Mr Bacri et Mme Jaoui mais pourquoi avec votre intelligence et votre bienveillance et tout ce qui m’avaient tant plus dans le passé vous ne vous êtes pas emparés au moins d’un des maux des temps nouveaux : ce n’est pas ce qui manque.

Je ne veux pas vous voir vieillir, c’est-à-dire vous voir vous déconnecter gentiment mais surement de ce monde dans lequel beaucoup d’entre nous vivent.

Au bout du conte, les jeunes ne sont pas heureux : un point.

Mais, ces jeunes, ils ne sont pas heureux, non pas parce qu’ils se trompent d’amoureux ou entre eux. Ils ne sont plus malheureux parce que leurs parents ne sont pas là où ils les attendent.

Nous avons 19, 20, 25 ans, 30 ans, 35 ans et +, nous avons fait des études, nous avons eu de bons résultats, nous avons été loués et encouragés par nos professeurs : nous travaillons aujourd’hui en étant sous-payés dans des entreprises qui nous infantilisent en nous proposant des pains au chocolat ou du champomy lorsqu’ils ont été un peu trop humiliants avec nous.

Nous sommes au chômage ou nous avons de petits boulots et vivons dans des appartements misérables. Eh non, nous ne pourrons pas nous dire : « c’est pas grave nous sommes étudiant » mais : quand trouverons-nous notre prochain taudis avec au moins une fenêtre acceptable pour éclairer notre misère ?

Nous sommes doctorants de grandes écoles et nous travaillons au Macdo après avoir supplié un petit Rsa, un ptit sous Msieur Dame pour un ptit pain parce que le grand Monsieur là-bas au fond de son bureau de directeur des masters et des obtentions de bourses ou de poste d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche ne nous ont  pas jugés assez obséquieux ou « bonnes »  pour mériter notre pain quotidien.

Nous sommes étudiants passionnés et studieux et nous devons renoncer à ce que nous construisons depuis presque 10 ans pour trouver de quoi survivre en demandant pardon pour notre route. Ah bon la voie était belle ? On lui dira.

Nous sommes ouvriers et nous faisons les trois 8 pour que nos jolis et grands patrons qui veulent bien rester en France puissent dormir et bruncher à 12h sur nos misérables petites vies.

Nous nous faisons licencier à tour de bras, on fait des petits feux, c’est populaire mais ne vous y trompés pas, ils sont mortuaires ces feux. Le Chômage nous tuera non parce que nous nous suiciderons mais parce que nous mourrons du manque d’argent et de nourritures saines d’ici 10 ans ou 20 ans.

J’en ai pas finis avec ce nouveau monde ouvrier dans lequel se retrouvent pas ne nous y trompons pas, les partons de pme, les classes moyennes, les déclassés mais j’y reviendrai. N’en doutez pas.

Nous assistons impuissants aux nouveaux racismes de mise, de bon ton, de bon temps qui nous séparent entre nous. Mais merci de ne pas avoir cédé à la tentation du petit reube, du petit black ou chinois ou hindou mais le monde que vous décrivez n’est pas le nôtre. Il s’en fout des problèmes sociétaux il est dans le social, il est dans la merde.

Dites-le nous que c’est parce qu’il est dans la merde et non parce qu’il est musulman qu’il est en colère. Ayez ce courage-là bordel.

Ils sont dans la merde aussi les intermittents, qui dorment dans leurs voitures,  pour lesquels vous vous êtes indignés suite aux propos de notre Jamel national, qui traîne ces ptits dossiers et montre donc ces petites fesses à qui veut bien.

Nous sommes artistes, et non, nous n‘avons pas eu la chance (ou le talent ?) de rentrer dans un conservatoire et nous jouons nos vies, nous la justifions encore et encore. Non, nos débouchés ne déboucherons pas nos parcours et nous ne nous en foutons pas, nous en crevons. Point.

Nous nous bernons entre nous dans des projets associatifs en nous prenant mutuellement  pour des cons parce qu’on a plus de muscles ou de réseaux pour lesquels on se couche parce que hein, c’est comme ça que ça marche.

Nous mourrons d’ennui et de renoncement. Nous mourrons tout court. Le monde tournoie et nous essayons de tourner sur nous-même pour voir où l’horizon nous mènera au bout du conte.

Et encore, nous sommes en Europe, en France, nous n’avons pas de guerre de sang mais nous en avons d’autres au bout du conte.

Pourquoi nous avoir oubliés ? Pourquoi ne pas parler de nous ? Devrions-nous venir pleurer dans vos girons ?

Mais, merci pour le moment, je vous espère bientôt de retour car il y a à dire je vous promets, et non vous n’êtes pas vieImageux sauf si vous le décidez. La vie n’est plus mignonne. Sois vraiment concerné par le peuple ou ferme-là. Wake up.

Céline Huot

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