Chapitre XII

Onze heure local de la piscine, Mon chien et moi présents parmi une foule que nous contemplions perplexes.

« Pas tous résidents pas tous résidents »

« Tu as raison Mon chien, c’est la gloire du poète qui attire quand on en a un sous la main. »

Monsieur Billière chauffait dans un coin, jambes et mains croisées, rouge de cravate. Madame Billière papillonnait, gérant en bourgeoise consommée l’afflux. D’aucuns se pressaient, baveux et compassés, aux abords d’une silhouette fluette et chevelue. Cette blondeur se penchait, condescendante, sur autrui.

« ça doit être le poète » chuchotai-je.

‘Il est blond-con il est blond-con » Mon chien et ses certitudes.

« Mon chien Sète est ville de poète Valéry le Paul Brassens le Georges pour ne citer qu’eux. »

« What’else what’else »

« Mon chien as tu jamais songé aux pouvoirs des lieux ? Sète inspire, c’est connu, il y a même un cinéaste palmé d’or Colpi le Henri, trois petites notes de musique, c’est lui. »

« C’est une chanson c’est une chanson c’est pas un film c’est pas un film. »

« Certes. heureux qui comme Ulysse, c’est encore lui et ça c’est un film. »

« Mouais mouais » Mon chien, clos du bec, non mais !

Sète, sa mer, ses, son, enfin ça inspire les lieux rien d’étonnant que cet Eryel soit inspiré donc poète, à Sète : logique.

« T’as vu y a les keufs t’as vu y a les keufs »

En effet, les policiers occupaient le coin opposé à celui de Billière, ils s’appliquaient à se fondre, engoncés, beige gabardine, aux normes. Ils appuyaient leur présence contre la céramique bleue azur, tactiques de novices, pensai-je.

« Bons flic  bons flics »Mon chien à hauteur.

-Messieurs bonjour quelle foule que s’est-il donc passé monsieur Billière m’a vaguement informée mais

-L’enquête suit son cours madame

-Marzio Ferrière les litières les chats

-…  …

« ça t’apprendra à écouter aux portes ça t’apprendra à écouter aux portes »Mon chien subtil à ses heures.

 Les flics lorgnaient par dessus mon épaule les mouvements de la foule. Ils n’étaient pas là pour mon cas. Nous nous en retournâmes contrits Mon chien et moi vers notre solitude. Car seuls nous étions n’étant pas des leurs, résidents certes mais parias de par nos origines.

ça fait ça d’habiter chez les riches quand on a tout juste les sous et encore. ça fait ça les origines : t’es chez toi chez les autres. Bref c’est complexe ce sentiment d’appartenance. Moi et Mon chien pourrions vous en conter des mépris, des hypocrisies impolies sur nos passages. ça fait du sans destin d’être parias, moi et Mon chien on s’en délectait habituellement mais à onze heure ce jour là ça nous chavirait un peu.

Je cherchai du regard les têtes amies de Marguerite et Marius, hélas ils n’étaient pas venus.

Billière se déplia.

« Mesdames, Messieurs »

« Merde aux chiens merde aux chiens »Mon chien.

« Nous voici à nouveau réunis par la cruauté d’un…être infâme. » Billière mâchait ses mots, l’émotion.

« Nous avons l’insigne honneur en même temps que la grande peine d’accueillir Eryel notre cher et illustre prince du verbe indignement impliqué dans cette sordide affaire. » Prés de moi, un des baveux agglutinés tout à l’heure au prince blond chuchota : »Pourquoi qu’il en serait pas il est résident comme nous ? Billière nous fait chier y fait trop de chichis ! »

Je retins Mon chien de s’enthousiasmer devant cette franche délicatesse, Mon chien aime la sincérité mais ne sait pas encore distinguer les gens bons et les gens pas bons, susceptibles dans les deux cas de figure de faire montre de grossièreté déplacée. Mon chien ravala sa longue langue à deux doigts des joues du baveux, chagriné que j’empêchasse la communion de pensée.

« Je tiens à assurer Eryel de notre indéfectible solidarité avant de lui donner la parole si j’ose m’exprimer ainsi. » Là il aurait fallu que Billière rappelle  la qualité de verbeux du prince pour que l’auditoire approuve sa pas innocente réserve mais Billière omit d’être pédagogue, il en fut pour ses frais, un flop s’en suivit, vite enjambé.

 « Eryel je vous en prie ayez l’obligeance de vous avancer là ici prés de moi là il est primordial que votre voix porte (re flop) l’exigüité de notre local et la foule ici présente pourrait empêcher l’audition (Là il l’avait pas dit intentionnellement à mon avis, pas de flop donc)de votre témoignage approchez faîtes place à Eryel voyons voyons ! » Billière jouait des coudes, la foule se fendait lentement ouvrant un passage au poète.

 Le prince parvenu au lieu propice s’éclaircit la voix en un filet :

« Chers amis, il s’inclina légèrement sur son côté droit, plongeant Billière dans l’ombre, chers amis, en effet, en effet,

cependant à l’orée de mon récit je tiens à préciser quelques, ma voix porte-t-elle ? Eryel sur les pointes laissait divaguer son regard vers le fond du local, là où les flics incognito baissèrent illico leurs nez vers leurs poussiéreuses chaussures.

« L’audition est-elle convenable ? Les flics ne savaient plus où donner de la truffe. Suis-je bête la voix de la poésie porte assurément au sein d’un tel auditoire ! Des rires compassés approuvèrent longuement fusant des bouches appointées.

« Ah Ah cher Eryel nous sommes ici entre gens de bien, clama Billière.

« Bien bien en effet… je fus en cette nuit marine (pause) surpris par l’indécence de l’être… surpris ! Oui ! Moi qui est si peu l’arrogance d’y consentir (pause) Surpris ! Dis-je, par ma condition soudain révélée de simple mortel. » Des Oh fusèrent, le baveux semblait excédé il cria : « Aux faits aux faits ! »Ce qui acheva de convaincre Mon chien qu’il avait un semblable dans cette marée.

Billière battit des bras à l’horizontale, gros yeux braqués sur le baveux. ça se tut autour.

« Une main (pause) appendice incroyablement usité parmi la gent humaine (pause) une main suffit à m’en convaincre,

« De quoi ? » déglutit le baveux « Y nous fait chier le poète y peut pas causer comme tout le monde ! »

« Une main me guidait vers un sort funeste ornant mon cou tel un vif collier ! Je suffoquais alors pris des derniers vertiges de l’humaine condition ! La MORT ! La MORT ! Approchait hélas (pause) hélas ô combien de doux souvenirs jaillirent larmes de feux ourlant mes paupières (on était tous suspendu en rupture d’expiration, même Mon chien) Mère ! Si jeune dans sa fraîcheur d’épousée Père ! Dans sa hauteur de protecteur premier ! L’arbre(pause)l’arbre de mes émois de bambin épris de jeux innocents et champêtres… Je suffoquais ! Quand

« Quand ? » La foule, même le baveux (Ouf on pouvait tous expirer par ce cri irrépressible.)

« Quand ma rate sublime compagne de cette triste épopée de ses perles incisives mordit l’instrument de mon supplice !

D’un cri que dis-je d’un hurlement satanique l’ennemi desserra son étreinte fatale… »

Le prince du verbe se tut, lorgnant à la ronde les effets de sa verve et conclut :

« Je ne vous accablerai pas davantage sachez cependant que la main assassine était baguée d’une améthyste… seul détail qui n’échappa pas à ma vue troublée et »

« C’est bien un poète pas foutu de voir plus loin que son cul et sa gueule à la main assassine tu l’as vu sa gueule parce que pour l’heure c’est quand même ça qui nous intéresse à nous c’est pas tes souvenirs d’agonisant hé du con tu l’as vu sa tronche à l’assassine ? » Il avait pas complètement tort le baveux, quand il y a panique à bord on ménage pas ses efforts, chacun pour soi et dieu pour la poésie, y avait même eu dans la semaine un capitaine de cargo qui avait pas attendu que ses embarqués coulent pour les  encourager à le rejoindre sur la terre ferme à la nage, sacré GPS ce capitaine ! Alors le Eryel il aurait pu mater la tronche de l’assassin tout de même, son harangue aurait eu plus de poids et nous à cette heure on serait éclairés !

 Billière avait du mal à contenir la foule haineuse titillée par les propos du baveux.

« Mesdames Messieurs gardons notre calme Eryel a parlé comment ne pas respecter son éloquence intacte malgré l’émotion qu’il instilla à son récit Merci Prince ! Merci le verbe a jailli ! »

Là, personne l’a suivi à Billière dans sa générosité à l’égard de l’orateur. Y avait de la houle ! ça tanguait dur dans l’assistance !

Eryel attendit en vain que la parole lui fut rendue, bouche à demi ouverte, menton relevé, ça se sentait qu’il avait pas tout dit, mais la houle le mura dans son for.

-Monsieur Monsieur Billière Monsieur pardon je crois que Monsieur Eryel n’a pas terminé Monsieur Bil

-madame marzio…ferrière nous adresse sans nul doute une autre de ses révélations je vous en prie écoutons l’oracle je vous en prie chers amis silence

La foule grondait en un crescendo nourri de reproches : le poète, l’améthyste, où, quand, comment, pourquoi lui, pourquoi nous. Bref, Billière était narquois à l’aise dans ce chaos d’invectives.

-Monsieur Billière je tentais de vous faire remarquer que monsieur Eryel n’en a pas terminé

Billière se tourna vers le prince du verbe, celui ci, sombre, revêtu de la lourde cape de l’amertume, rouvrit sa docte bouche, la queue de la rate en sortit puis tout son corps.

OHOHOHOHOHOH que ça fit dans l’assemblée. Mon chien eut un haut le coeur, moi même pourtant intime des bêtes, je dus retenir un rot annonciateur de cataclysmes stomacaux.

-Mo mon MONSIEUR ERYEL qu’avez vous là ? tituba Billière.

-Ma rate se loge ainsi…rien de spectaculaire…vraiment. Eryel rattrapa son animal avant qu’il ne choie et le posa tel une écharpe sur son épaule droite caressant voluptueusement l’échine de sa compagne.

-Vous vous faîtes souvent cela, gémit Billière.

-Solange retrouve ainsi les profondeurs perdues de ses origines…sa taille de guêpe lui permet cette aubaine…de plus elle me soulage de fortes démangeaisons provoquées par l’âpreté de ma tâche…la poésie est parfois amère. La caresse s’accentuait faisant battre les cils de la rate, ses petits yeux larmoyant d’une extase non feinte.

-Vous conviendrez que Solange est un amour, Eryel sourit dans l’étreinte partagée, il ne convient pas de vous en effrayer voyons Sol

-C’est dégueulasse, le baveux se dirigeait bedaine en avant vers le couple impudique, c’est dégueulasse t’as pas honte petit con faire ça avec une rate je t’en foutrai moi des conneries pareilles je savais bien que sa grandeur avait de la merde dans le bec la poésie la PO E SIE de la merde de la MERDE ! Un poing vengeur s’abattit sur le sourire figé de Eryel.

Personne ne bougea plus, sauf les flics et Mon chien, emportés par l’odeur de la rixe, les trois aboyaient des appels au calme (les flics), des encouragements à l’émeute (Mon chien), je tirais sur la laisse en vain, elle pendait à mon poignet libérée de son partenaire de captivité.

-ATTENTION ATTENTION il est libre Mon chien il est libre Mon chien ! hurlai je paniquée, c’est vrai je ne pouvais que redouter le déchaînement animal.

Mon chien posa ses pattes avant sur le torse du blond poète et galvanisé par mes cris saisit la rate de sa gueule en me lançant un regard triomphant.

C’est ce regard qui imposa à ma lucidité l’éclair qui fit éclore le silence par la répétition d’une seule question :

-Monsieur Eryel votre rate le soir de votre agression était-elle logée dans votre cavité ?

-(bis)

-Certainement

-Monsieur Eryel l’assassin pouvait-il voir la position de votre rate ?

Les flics eurent soudain des étincelles dans les mirettes : nous nous étions compris eux et moi. La foule s’en remettait visiblement à nous, muette.

-Monsieur Eryel l’assassin a-t-il parlé ?

-Je crois je ne me souviens pas j’étais

-En plus il a de la merde dans les assiettes à dessert ! Le baveux remettait ça.

-Avez vous pu percevoir une intonation particulière au moins ?

Je continuai sur ma lancée en intelligence supposai-je avec les flics occupés à rester attentifs aux mouvements de leurs propres cogitations : ils ne pouvaient pas être sur tous les fronts !

-Je ne je ne sais pas

-Avait-il l’air d’être en colère Monsieur Eryel ? Je pressais sa blondeur.

-…oui

La foule saisit l’imminence d’un dénouement, un frémissement la parcourut sur toute sa longueur, le local de la piscine fumait sous la lumière crue de la vérité des choses.

-L’assassin aurait-il pu être indigné à l’instar de certains d’entre nous par l’incongruité d’un tel antre ?

-C’est une hypothèse…c’est une hypothèse, le poète avait les traits ravagés.

J’eus honte de l’avoir acculé ainsi ; la justice au service de la vérité engage à endosser de bien lourdes responsabilités.

Les flics en suspension jusque là, s’ébrouèrent : « Monsieur Eryel suivez nous nous devons enregistrer votre témoignage. »

Eryel emboîta le pas des représentants de l’ordre sans un regard ni pour sa rate,ni pour la foule, ni pour moi.

Mon chien me regarda implorant :

« Dis on la garde dis on la garde »La petite rate lui mordillait l’oreille en battant des cils.

« NON Mon chien veux tu la lâcher ! »

Je sortis du local suivie par Mon chien. Nous étions tous deux désespérés : moi par le rôle que je venais de jouer, traître à la poésie, à Sète, Mon chien, par l’amour foudroyant.

Un chalut rentrait au port escorté par des mouettes.

Eryel aurait su dire la beauté du chalut, du port et des mouettes, pas moi.

« Le poète va nous manquer Mon chien. »soupirai-je.

« Et ma rate et ma rate pourquoi t’en veux pas pourquoi t’en veux pas « 

« Pardon Mon chien j’ai bien peur que ce soit par injustice. » Mon chien ploya l’échine sous l’aveu.

 Je me dirigeai vers l’appartement 505 : Marguerite ! Marius ! Un peu d’innocence dans ce monde de crimes !

Arrivée devant leur porte, je frappais en proie à une grande tristesse.

« Je peux venir je peux venir »Mon chien, ragaillardi par la perspective. J’avais oublié Mon chien attaché à mes pas par la laisse devenue lien. Trop tard.

-Oh Catherine et son chien bonjour jeune homme entrez entrez hop hop nous on aime la compagnie hein Marius oh comme il est beau il a l’air gentil gentil hop hop regarde Marius il est roux comme toi les roux c’est les plus beaux hein tu veux de l’eau il tire une langue ce chien il a soif peuchère comme ta patronne de l’eau comment qu’il s’appelle ce beau jeune homme hein allez entrez entrez

« Enchanté enchanté Mon chien Mon chien » Mon chien, poli, j’y tiens.

-Hein comment tu t’appelles comme il est beau oh regarde Marius il me donne la patte oh qu’il est gentil et quel âge il a ce petit

« Bonjour madame bonjour madame » Mon chien, un peu étonné. »Trois ans trois ans »

-Il s’appelle Mon chien il a trois ans vous êtes sûrs Marguerite Marius il ne vous dérange pas je peux re

-Et non ça fait de la compagnie les bêtes comme les gens nous on en a eu des chiens des chats des canaris même et une tortue Joséphine et son napoléon ils sont partis quand on vivait à la campagne allez ne vous tracassez pas oh il a pas l’air content

Je ne pouvais expliquer à Mon chien présentement, que seule parmi les humains je pouvais partager le verbe avec lui, trop cruel, Mon chien tirait un peu le nez, ça lui passerait.

-Oh il a pas l’air content du tout oh j’ai dit quelque chose qu’il fallait pas hein jeune homme

-Non mais il s’était présenté tout seul il est juste un peu surpris que sa maîtresse répète ce qu’il avait dit.

 Marius entendait Mon chien ! Marius entendait Mon chien ?

-Vous vous entendez Mon chien quand il parle ?

-Oui je le comprends. Marius baissait les yeux vers Mon chien sans me regarder.

« Je parle assez fort je parles assez fort pour être entendu pour être entendu. » Mon chien, affirmatif.

Marius eut un petit sourire.

-Marius tu comprends ce que dit le chien de Catherine ? Marguerite semblait perplexe, moi aussi.

Et vous aussi vous comprenez ce que dit votre chien mais mais il a même pas jappé il a juste donné la patte enfin on va pas y passer la nuit s’il fallait s’étonner de tout vaï on aurait pas fini hein alors comme ça il s’appelle mon chien c’est drôle il s’appelle ce qu’il est votre chien mon chien il est votre chien vous lui dîtes mon chien

« Avec un M majuscule avec un M majuscule » Mon chien connaît aussi des rudiments d’orthographe.

-Il précise qu’il y a une majuscule à Mon, dit Marius

-ça fait qu’on doit dire Mon chien à votre chien et bé va pour Mon chien tiens tu veux de l’eau Mon chien voilà on est entre nous on va pas se gêner tu vas t’asseoir pendant que ta patronne va papoter avec Marguerite parce que moi c’est Marguerite avec un grand M comme toi lui c’est Marius pareil un grand M il est rouquin comme toi ça vous fait deux points communs au moins et lui je crois qu’il me comprend quand je parle et toi tu me comprends quand je parle Mon chien

« Oui marguerite oui Marguerite »répondit Mon chien satisfait du dialogue et lorgnant le petit canapé recouvert d’un plaid de carrés multicolores tricotés. Je fis les gros yeux.

-Non Mon chien tu te couches par terre

-Oh je sais ce qu’il veut ses yeux parlent pour lui allez Mon chien tu sais la Marguerite elle te comprend avec les yeux tu peux monter mon petit c’est fait pour ça les canapés c’est fait pour les amis Marius et moi on y est jamais on préfère s’asseoir à table les canapés c’est des choses de riches nous on a pas été élevés comme ça alors hop hop mon petit monte monte (monta monta).

Mon chien se précipita langue au vent.

« Oh merci marguerite pour le canapé et pour l’amitié oh merci Marguerite pour le canapé et pour l’amitié » Mon chien est émouvant à ses heures.

Nous passâmes une après-midi paisible tous les trois, Marguerite m’aida à adoucir mes remords concernant  le rôle que j’avais joué le matin auprès de Eryel. Marius entreprit de consoler Mon chien de la perte de son amour interdit avec la petite rate.

-Tu sais Catherine il y a des fois où c’est la vie qui pousse sur des chemins pas fréquentables mais si tu as le coeur bon tu transformes les sentes broussailleuses en parterres de roses (rôsa) et toi tu as le coeur bon sinon tu serais pas chez nous avec nous allez je t’ai préparé un bon chocolat cette fois il faut pas refuser le chocolat de l’amitié hé ma petite

C’est quand même bien de se sentir compris, j’acceptai le chocolat en essayant de me convaincre que non je n’étais pas une Billière et que j’étais juste la petite de Marguerite : ça a marché.

Mon chien étalé sur le plaid multicolore chuchotait des « oui c’est ça oui c’est ça » à Marius. Il semblait franchement réjoui par son nouvel auditeur, il lui léchait de temps à autre une joue pour le lui signifier en bête qu’il était malgré le verbe partagé : c’était beau à voir.

-Mais alors Catherine si j’ai bien compris cette rate elle était dans la bouche de Eryel tout du long et personne ne s’en doutait il parlait normalement et pourquoi qu’il se la met là ça doit pas être bien confortable ni pour lui ni pour la bête peuchère bon elle est sortie vaï elle s’est montrée bon vous n’y êtes pour rien y a pas mort d’homme chacun fait bien ce qu’il veut qu’est ce que vous voulez qu’ils lui fassent les gendarmes à Eryel

-C’est pas des gendarmes c’est des policiers

-tout ça c’est pareil ils vont pas le mettre en prison et puis il a failli être une victime une vraie ne t’en fais pas ma petite ça passera comme l’aile de l’oiseau sur nos têtes hein Marius elle s’en fait la petite y a pas de quoi moi cet Eryel si je le connaissais je lui dirais mon petit ta rate c’est ton histoire les gens aurons rien à dire si tu sais rester discret (dissecrai) allons nous sommes peu de choses en ce bas monde si en plus on s’alourdit de misères peuchère même le boun diou il s’en retournera sur sa croix hein Marius

Marguerite plongeait ses yeux humides dans les miens ça me faisait comme une main sur le front quand on a de la fièvre : ça m’apaisait.

-Et bé que de comptes d’apothicaires pour cette affaire de crimes d’abord nous depuis dix ans qu’on vit ici les deux premiers assassinés on les connaissait pas on s’est même demandé si c’était pas une invention de Billière celui là quand il s’agit de se montrer il est pas le dernier vaï hein Marius nous on les côtoie pas trop c’est pas sétois ça parle pointu et ça croit tout savoir oh ils sont pas méchants ces gens du nord mais le climat ça les conduit à se recroqueviller sur leurs nombrils nous hein Marius le nombril on l’a à l’air neuf mois sur douze c’est bon pour le voisinage oh Catherine je dis pas ça pour vous même si vous parlez comme eux peuchère vous êtes de pays avec nous vous êtes née dans le midi hein le nombril le nombril

Nous avons beaucoup ri, même Marius. mon chien aboya pour la circonstance, il avait l’air ravi d’être chien, il faut dire que la Marguerite elle vous fleurissait les choses d’une belle façon et de cela nous lui étions tous reconnaissants.

-Vaï le soleil est pour tout le monde et les gens ma petite il faut les aimer ou les laisser il faut savoir les prendre comme ils sont c’est de la compagnie les gens il faut les aimer quand ils le veulent bien sinon il faut les laisser en aimer d’autres hein Marius pas vrai mon petit. Marguerite allongea un bras vers Marius, Marius arrêta de rire, sombre soudain.

Marguerite fit celle qui n’avait pas remarqué ce brusque changement d’humeur, hein mon petit nous on a compris tout ça hein Mon Marius.

Marius ne répondit pas, il se leva pour rejoindre sa chambre.

-Allez Catherine un peu de chocolat il faut me le finir et Mon chien tu l’aimes mon canapé oh qu’il est bien, Marguerite s’éteignit peu à peu en regardant souvent la porte de la chambre close. Quelle langue j’ai des fois vaï je me la couperais il est brave mon Marius mais il a beaucoup beaucoup souffert à cause d’une passion(passiong) !

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