Chapitre X

Mon chien stoppa le manège.

Connaître…Savoir. C’était ça la conclusion ?

-Connaître n’est pas savoir ! m’exclamai-je.

-Certainement très chère…Vous en êtes déjà là ! Le souffle me fixait moqueur avec ses puits marines.

-Vous vous moquez Souffle…n’empêche que c’est Mon chien

-Les bêtes sont présentes au monde cela est vérité.

-Shakespeare et Molière idem

-Vraiment ? j’en suis fort aise

-Ce qui est ce qui est éternellement

-Quelle est la question !

-…

-Bien cessons ces verbiages en route. Le souffle souffla d’un trait sur la ligne verte surgi de l’horizon et fila prestement nous laissant songeurs mes bêtes et moi.

« S’il existait pas il faudrait l’inventer s’il existait pas il faudrait l’inventer. » Mon chien.

Jetée hors des mondes hallucinants, je retrouvais mon existence.

Coincée dans mes actualités : ça m’impliquait moins l’existence.

Je ne repris pas goût à tout ici. Je composais avec l’ordinaire.

 Aux vents de la déroute je retrouvais le cap de mon humaine condition.

Pas facile.

Pas de nouveaux assassinés, pas de changements significatifs dans la campagne des présidentielles, voiles flasques, je tentais à la proue de faire bonne figure.

 « Terre ! Terre ! »

C’ETAIT QUI CELUI LA, barbu de roux, ceint d’une cape de laine grise, babouches élimées, yeux d’eau pâle, assis sur les marches du promontoire résidentiel, envisageant de ce cri les lointains maritimes en contre bas du cimetière ?

« Terre ! Terre ! »

ça le reprenait à intervalles, j’épiais sac poubelle en main, à l’instar des mouettes accourues tout autour.

« Terre ! terre ! »

« Du nouveau ! Du nouveau ! » J’exultai.

 -Allez viens Marius viens je te dis tu fais peur aux oiseaux avec tes cris tu vois bien c’est la mer c’est pas la terre voyons mon petit allez debout debout on rentre à la maison

 C’était qui celle là : ronde, blouse nylon de ménagère, pantoufles roses ?

Les yeux liquides, les mêmes que ceux du Marius : sa mère ?

 -Je suis sa soeur excusez il est un peu fatigué en ce moment il va rentrer il s’échappe c’est que j’ai pas toujours l’oeil sur lui j’ai à faire avec les petits allez Marius la dame s’inquiète à cause de toi il faut rentrer allez

-Je ne m’inquiète pas non pas du tout

-Vous êtes bien aimable allez mon petit viens

 Le Marius déplia sa masse, il tendit la main à sa soeur et lui emboîta le pas avec ses yeux d’eau pâle, sa barbe rousse, sa cape, ses babouches , je devais réagir :

-Je peux vous aider je peux

-Il a pris ma main ça va maintenant il a pris ma main hein Marius ça ira merci bien une autre fois ça serait pas de refus mais ce soir j’ai du monde appartement 505 demain après la sieste si vous voulez bien ça sera avec plaisir

 Elle tirait son Marius gravissant à reculons les degrés du promontoire. Lui, agrippé à la main rouge de la ménagère suait sang et eaux, tellement il se contraignait de tout son être à renoncer. Il cria encore :

« Terre ! Terre ! » ça fit un chant triste cette fois.

« Mon chien t’aurais du voir ces deux là je suis invitée je crois que j’ai rencontré des amis je suis invitée je suis invitée pour la sieste demain enfin demain après la sieste demain on a des amis on a des amis on a des amis « 

Je dansais sur la lune. Demain !

 « Et moi et moi »Mon chien haletant.

-Pitoyable ! Que nous chantez vous ? Le souffle s’introduisait de plus en plus inopinément, je sursautais.

 Je ne pus expliquer à Mon chien que pour une fois ça serait seule que je visiterai, par pudeur sans doute, les compagnons du quotidien en disent long sur nos tréfonds, surtout Mon chien. Je ne voulais pas exposer mes tréfonds si vite.

-J’ai rencontré des gens je suis invitée, balbutiai-je

-Vos journées sont libres je ne retiens que vos nuits… allez donc mettre à l’épreuve vos joies du moment… Le souffle soufflait sur ses ongles, lippe sèche, oreilles en berne. Mais ne venez pas pleurer si

-Souffle m’avez vous vu pleurer une fois… non… je pleure seule comme les bêtes

 « Comme les bêtes abandonnées comme les bêtes abandonnées »Mon chien museau sur pattes, oeil terne.

 -Laissez moi vous conter… ne ternissons pas notre nuit… la brise marine est porteuse de lents évènements… en ce temps là, le souffle écarquillait ses yeux marines, je naviguais en mer de Chine… sa voix enflait en tempête.

 La suite me resta inconnue car bercée par des rêves d’amitié je m’endormis. ça fait ça l’espoir d’aimer : demain ! demain !

 Au matin, le souffle s’en était allé, songeur, me confièrent les chats.

-Boudeur plus que songeur non ?

« Songeur songeur » Mon chien, oeil vif. « La brise marine est porteuse de lents évènements la brise marine est porteuse de lents évènements. »

Dans l’entrée ça puait déjà le poisson frit alors dans la cuisine où elle m’invita à prendre place autour d’une table couverte des restes du repas ça sentait aussi. J’avais attendu quinze heure, heure à laquelle même à Sète, toute sieste devrait être consommée. Elle avait ouvert vite, blouse déboutonnée sur jupe de serge bleu et chemisier blanc.

Ses bonnes mains rouges me poussèrent illico vers une chaise en osier, je dis « bonnes » parce que ça se voyait tout le travail de ménage accompli, toute cette générosité qui entretient le propre.

 -Asseyez vous donc je prépare le café je me lève de la sieste c’est sacré dans le midi vous êtes du midi nous on y est né asseyez vous je lève la table je fais toujours après la sieste

-Je suis venue trop tôt je suis désolée

-Ah ne commencez pas les manières ici c’est pas permis on est entre nous hein on débarrasse, elle empilait assiettes et couverts, hop hop et voilà un coup de chiffon voilà c’est fait pendant que le café coule je fais la vaisselle c’est pas deux assiettes qui vont être longues à laver hein ne bougez pas je suis contente que vous soyez venue c’est vrai les gens sont bienvenus dans cette maison ça fait de la compagnie et puis on est pas des sauvages même Marius c’est pas un sauvage vous savez il est un peu fatigué mais il sait se tenir asseyez vous donc ma petite dame on va boire un bon petit café et on va papoter hein voilà le café est parti hop hop vaisselle heureusement que la cuisine est petite je vous écoute j’entends

-…

-Ne soyez pas timide j’entends j’ai presque fini hop hop ça sèche tout seul voilà ouf le café arrive alors racontez moi vous avez pas eu peur hier si oh Marius il crie fort mais il est pas méchant c’est un bon garçon je l’ai élevé à la mort des parents enfin à la mort du père parce que notre mère enfin ah le café avec du sucre et des biscuits poussez vous un peu voilà il faut que j’ouvre le buffet je dis toujours mieux vaut un petit chez soi on s’arrange on est entre nous prenez un biscuit le café est chaud n’allez pas vous brûlez

-Vous n’en prenez pas

-Moi hop hop regardez je l’aime réchauffé, elle saisit une casserole et s’en versa un plein bol;

-D’habitude je n’en bois pas mais

-Oh je vais vous faire un chocolat hop

-NOOON merci… un verre d’eau peut-être je suis désolée

-Désolée vous m’avez l’air d’une belle désolée vaï je peux encore vous offrir un verre d’eau c’est pas ce qui manque ici où j’en étais ah oui Marius c’est mon frère le pauvre il est brave mais un peu fatigué il a des lubies « terre terre » il crie ça quand il est pas occupé mais il est brave il s’appelle Ernest alors moi je l’ai rebaptisé Marius c’est plus joli pour un garçon

-Il dort

-Marius est un dormeur il ferait que ça mais je vais le réveiller il sera content de vous voir il aime la compagnie il est comme moi poussez vous un peu il faut que j’ouvre le buffet pour sa cloche hop hop la voilà

-Sa cloche

-Oui elle est belle il l’a ramenée de l’hôpital il y a trois ans sans elle il faudrait que je m’époumone à force j’aurais plus de voix ça serait dommage hein vous allez voir c’est magique DRING DRONG DRING DRONG… DRING DRONG…ça y est il vient encore un coup pour le plaisir DRING DRONG et voilà

 Marius parut, immense, sur ses deux piliers de jambes piqués de tavelures rousses, un géant  en short beige et polo rayé bleu dur. Le cheveu bouclé, grisonnant devant, blond roux derrière, les yeux d’eau pâle, pas bleus, verts marais en hiver plutôt, un nez si fin que les lunettes qu’il s’évertuait à enfiler en glissaient.

Marius se réveillait debout, penché au dessus de la table et je sus que cet ami là ça serait à la vie à la mort.

C’est comme ça l’amitié : ça foudroie.

Dans l’entrée ça puait déjà le poisson frit alors dans la cuisine où elle m’invita à prendre place autour d’une table couverte des restes du repas ça sentait aussi. J’avais attendu quinze heure, heure à laquelle même à Sète, toute sieste devrait être consommée. Elle avait ouvert vite, blouse déboutonnée sur jupe de serge bleu et chemisier blanc.

Ses bonnes mains rouges me poussèrent illico vers une chaise en osier, je dis « bonnes » parce que ça se voyait tout le travail de ménage accompli, toute cette générosité qui entretient le propre.

 -Asseyez vous donc je prépare le café je me lève de la sieste c’est sacré dans le midi vous êtes du midi nous on y est né asseyez vous je lève la table je fais toujours après la sieste

-Je suis venue trop tôt je suis désolée

-Ah ne commencez pas les manières ici c’est pas permis on est entre nous hein on débarrasse, elle empilait assiettes et couverts, hop hop et voilà un coup de chiffon voilà c’est fait pendant que le café coule je fais la vaisselle c’est pas deux assiettes qui vont être longues à laver hein ne bougez pas je suis contente que vous soyez venue c’est vrai les gens sont bienvenus dans cette maison ça fait de la compagnie et puis on est pas des sauvages même Marius c’est pas un sauvage vous savez il est un peu fatigué mais il sait se tenir asseyez vous donc ma petite dame on va boire un bon petit café et on va papoter hein voilà le café est parti hop hop vaisselle heureusement que la cuisine est petite je vous écoute j’entends

-…

-Ne soyez pas timide j’entends j’ai presque fini hop hop ça sèche tout seul voilà ouf le café arrive alors racontez moi vous avez pas eu peur hier si oh Marius il crie fort mais il est pas méchant c’est un bon garçon je l’ai élevé à la mort des parents enfin à la mort du père parce que notre mère enfin ah le café avec du sucre et des biscuits poussez vous un peu voilà il faut que j’ouvre le buffet je dis toujours mieux vaut un petit chez soi on s’arrange on est entre nous prenez un biscuit le café est chaud n’allez pas vous brûlez

-Vous n’en prenez pas

-Moi hop hop regardez je l’aime réchauffé, elle saisit une casserole et s’en versa un plein bol;

-D’habitude je n’en bois pas mais

-Oh je vais vous faire un chocolat hop

-NOOON merci… un verre d’eau peut-être je suis désolée

-Désolée vous m’avez l’air d’une belle désolée vaï je peux encore vous offrir un verre d’eau c’est pas ce qui manque ici où j’en étais ah oui Marius c’est mon frère le pauvre il est brave mais un peu fatigué il a des lubies « terre terre » il crie ça quand il est pas occupé mais il est brave il s’appelle Ernest alors moi je l’ai rebaptisé Marius c’est plus joli pour un garçon

-Il dort

-Marius est un dormeur il ferait que ça mais je vais le réveiller il sera content de vous voir il aime la compagnie il est comme moi poussez vous un peu il faut que j’ouvre le buffet pour sa cloche hop hop la voilà

-Sa cloche

-Oui elle est belle il l’a ramenée de l’hôpital il y a trois ans sans elle il faudrait que je m’époumone à force j’aurais plus de voix ça serait dommage hein vous allez voir c’est magique DRING DRONG DRING DRONG… DRING DRONG…ça y est il vient encore un coup pour le plaisir DRING DRONG et voilà

 Marius parut, immense, sur ses deux piliers de jambes piqués de tavelures rousses, un géant  en short beige et polo rayé bleu dur. Le cheveu bouclé, grisonnant devant, blond roux derrière, les yeux d’eau pâle, pas bleus, verts marais en hiver plutôt, un nez si fin que les lunettes qu’il s’évertuait à enfiler en glissaient.

Marius se réveillait debout, penché au dessus de la table et je sus que cet ami là ça serait à la vie à la mort.

C’est comme ça l’amitié : ça foudroie.

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