Chapitre VI

J’aurais dû questionner le souffle.

Sur l’assassinat de Maxime : pourquoi ? pourquoi ?

Sur l’injonction qui m’avait été faîte : être là pour lui mais encore ?

Sur le mystère de son souffle : pourquoi souffler ainsi à ma porte ?

Sur ses soifs : soifs ou faims ? Par exemple, j’improvise.

Sur ce domaine qui empiétait sur mes nuits et qu’il faudrait découvrir : comment ?

Accroupie derrière ma porte, l’oreille vide et terne, je déprimais.

« Merde ! » j’aime pas.

J’aime pas ne pas être à la hauteur des évènements. Le souffle titillait mes incapacités, certes provisoires mais avérées en cette nuit si sombre.

Il avait dit : « Sombre » : avec un « s » ou pas, la réponse était d’importance.

« Merde ! »

« tu te répètes tu te répètes » Mon chien.

 Je caressais la nuque de Mon chien, soyeuse et rousse.

Le sentiment ! Oui ! Le sentiment ! C’était par ce bout qu’il fallait prendre le souffle pour l’amener à me dévoiler ses secrets !

Je sortis d’un coup de ma déprime : par le sentiment je parviendrai à le faire parler, peut-être même à le comprendre et le conduire vers le repentir. Une héroïne que je serai au final !

Les gens il faut les apprivoiser, le souffle pareil.

La nuque de Mon chien ploya sous ma main.

En attendant son retour au souffle, je regardai avec effroi la perspective d’une fin de nuit et d’un long jour sans lui, l’oreille esseulée.

La mer scintillait de minuscules lèvres blanches, habitée du travail des chaluts, le phare lançait bleu un jet régulier vers les lointains, sur la terrasse, l’orchidée trouvée au hasard des poubelles balançait ses pétales joufflues.

Je m’endormis en paix.

Episode 31

Le sentiment ?  Le sentiment d’accord mais entre mon oreille et le souffle il y avait un obstacle majeur à son déploiement  : ma porte. Il risquait fort de buter contre.

L’ouvrir ? Ma porte ? Ce pas était-il nécessaire ?

Ouvrir ma porte sur l’inconnu, il était temps ! Sur un souffle dont j’ignorai le visage et le reste… ? Oui !

« réfléchis réfléchis » Mon chien.

« C’est tout réfléchis Mon chien, il y a des circonstances qui imposent l’ouverture ! »

« De porte de porte » Mon chien.

« Exactement ! Quoi ? T’as pas l’air enthousiaste ? »

« Prudent prudent. »

« Le monde crève par manque d’imprudence! C’est du Brel le jacques. »

« Engouffres toi engouffres toi mais souviens toi souviens toi certaines portes certaines portes ouvrent sur les emmerdes ouvrent sur les emmerdes : dois-je répéter ? dois-je répéter ? » Mon chien.

« Quel gouffre ? Quel gouffre ? » Moi.

Ma décision était prise : j’allais ouvrir ma porte ! Je me rendormis en paix. Mon chien veillerait ses sentences, seul.

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