Episode 9

Le problème : se faire des connaissances ça demande de rester longtemps quelque part, dans une ville, dans un boulot, dans un club de sport,

« le sport, c’est mort, le sport, c’est mort » Mon chien. Dans une paroisse si on est convaincu d’être paroissien .Bref, moi je ne reste pas longtemps.

Même dans mes boulots, le plus c’est neuf ans. les collègues,certains, ont regretté mon départ, il y a un peu plus d’un an. Je ne sais pas pourquoi vu que neuf ans dans une carrière, c’est court.

Même la caisse de retraite le reconnaîtra, c’est court en cotisations. Pour les collègues c’était assez long pour qu’ils soient désolés.

Le temps des gens c’est pas celui des caisses de retraite.

Ils ont pas pleuré mais presque, faut dire que je suis partie en colère à cause d’une chef de service qui ne me remettait pas.

Je suis partie aussi pour continuer à partir, ça s’explique : quelque part, avec quelques uns , ça prive des autres parts et des autres gens quelque part.

Même si j’étais presque sûre de me condamner aux allocations assedic et ensuite au rsa, la priorité de ma survie financière n’a pas suffi à m’immobiliser dans un travail que je n’accomplissais plus avec

ferveur. Je ne sais rien faire sans ferveur.

Je ne sais pas travailler pour gagner ma vie, c’est toujours la vie qui gagne avec moi.

Pour les mariages, idem.

La vie a gagné : j’ai démissionné, j’ai divorcé, j’ai déménagé ( trois en un an de déménagements). Je trace ma route à coups de ruptures.

« Tu appliques la politique de la terre brûlée! » disait mon ex premier mari. « ouais, ça continue » c’est moi qui souligne, pas Mon chien.

Ici, enfin seule, inconnue de tous, je me surprends à regretter parfois tous ces gens que j’ai croisés et qui ont disparus comme les arbres derrière la vitre d’un train : et un, et deux et cent, la route les avale.

C’est pas des kilomètres qu’on avale dans un train, c’est des arbres, des maisons, des champs et des prés, des gens assis dans leur salle à manger ou occuper à tondre leur pelouse, c’est des choses immobiles qui passent sous les yeux à travers la vitre.

J’aime pas ces immobilités. Dans ma vie, je crache mon immobilité. C’est moi que j’aime pas dans cette posture parce qu’elle implique que je suis avalée par d’autres dans leurs trains.

ça va ? vous suivez le raisonnement ? Alors je poursuis, donc je quitte. Je présente mon cul à qui connaît ma tête.

 C’est à ma chef de service que j’ai montré mon cul quand j’ai démissionné.

Episode 10

Ah ça passe pas! J’aime pas qu’on me cherche des noises surtout quand je m’apprête à partir, ça sert à quoi ? JE PARS !

Et même si je partais pas, j’étais sur le point.

Jusqu’à plus soif je me suis occupée des alcooliques de « notre bonne ville  » comme disait l’ancien maire. Jusqu’à plus pouvoir croire que c’était une maladie, jusqu’à plus savoir que même si ça en est pas une, je devais faire comme si parce que sinon les soins , tintin! Pas de remboursements ! la sécu tire le rideau sur les cures, les affections collatérales à cent pour cent.

Parce que dans l’alcoolisme ce qui rend malade c’est les dommages collatéraux : tu picoles, t’as plus de foie, t’as plus de foie, tu bousilles le pancréas, tu bousilles le pancréas, t’es diabétique, t’es diabétique : t’es mal.

Ou alors, tu perds la boule, tu bouffes : des anxiolytiques, des neuroleptiques ,t ‘es « psychiatrisé », tu perds ton job, ta femme, tes enfants, ton permis, tu perds le cap et la boussole. Tu pars en cure, t’es catalogué : « Celui là on le reverra. » en plus c’est vrai.

Jusqu’à plus soif et pourtant j’avais de la bouteille, c’est exprès que j’utilise le registre, faut bien ne plus en rire, surtout que ça finit mal cette affaire, presque toujours.

J’aurais pu servir mes réconfortants états de service jusqu’à la retraite, je savais les prendre mes alcoolos : c’est pas difficile, si toi tu picoles, ils te laissent croire qu’ils te croient, si tu picoles pas, ils te laissent croire qu’ils te croient : que c’est possible d’être à jeun jusqu’au cercueil et au-delà ! Culs serrés, bave aux lèvres et regards de noyés ils t’écoutent:

« ça sert à rien de continuer à vous bousiller la santé, vous avez bu tout votre saoul, il faut passer la main, la vie ça peut se vivre sans se murger. »

Ce qu’on peut mentir !

J’avais une position officielle, rémunérée : accompagner vers des soins. C’est vague ce « vers », ça castre d’un R et d’un E celui qui en besoin, ça ajoute un S même pas pour un pluriel.

Parce que les soins, y en a mais pas pour taire cette peine qu’ils ont les gens qui boivent trop, ça y a pas.

Moi, je bois pas. Moi, je pars quand ça fait mal.

« C’est pas difficile! » C’est vite dit. C’est difficile de suivre au jour le jour les naufrages, c’est difficile de dire le dénouement probable juste pour faire peur, un peu. Pour convaincre que la vie ne se dissout pas que dans l’alcool, pour que ça soit pas vrai qu’on peut en mourir de leurs peines aux alcoolos.

Je n’avais pas le coeur de regarder ça avec eux, ce dénouement, eux si vivants, si impatients de rejoindre la mer à boire et les verts pâturages :

Franck, mort depuis huit jours sous la table de la cuisine tandis que son copain continuait à vider les bouteilles en attendant qu’il se réveille, Michel, un autre Michel que le mien, mort depuis deux mois et des poussières quand je suis enfin parvenue à faire ouvrir sa porte, François, mort parce qu’un crabe lui avait bouffé l’appareil respiratoire. Gérard, Jean- Pierre. Michel.

Je suivais des hommes, moi je m’arrêtais au bord du gouffre. Immobile.

Pendant neuf ans, face à ça. Et hop ! Partir!

La vie a gagné ! Je maintiens que ma chef de service continuera à voir mon cul, elle qui dans l’éclat d’un sourire de soi-disant connivence me confiait que je n’y étais pas pour rien dans ces morts! Ouais !

Je redis que ma chef de service continuera à voir mon cul !

« c’est trop d’honneur, c’est trop d’honneur » Mon chien.

Épisode 11

Sur ces entrefaites, je sors mon chien, c’est l’heure. La mer est belle, le phare domine notre ballade quotidienne, en contre-bas, le cimetière marin : quel cadre mes aïeux !

Je vois surgir de derrière un énorme figuier de barbarie accouplé avec une agave sur les pentes aménagées du mont, le monsieur chic aux chaussons doublés de fourrure certes synthétique mais tout de même! Pas de chaussons cette fois, l’allure est sensiblement la même mais avec des mocassins, cuir brun craquelé, les pieds semblent à l’aise. Il est accompagné d’une dame. Je les salue, trop prés pour éviter, mauvais karma.

– Bonjour madame, bonjour monsieur,

– Oh Bonjour chère madame, Me permettrez-vous de vous présenter Mme Billière, mon épouse, madame Billlière, madame?l

– … madame si on veut,

– … certes

Merde! Je n’aime pas qu’on me force à dire mon nom, je ne sais pas pourquoi mais j’aime pas. J’hésite à tourner les talons, dans certaines circonstances. Je me remets en flattant l’échine de Mon chien.

« Bonne fille bonne fille »

– Je me nomme Marzio, Ferrière, que j’ajoute ça fait mieux, à vue de nez ça doit convenir.

–  Et bien madame Marzio Ferrière comment allons-nous aujourd’hui ? Beau temps n’est-ce-pas ? Nous nous interrogions madame Billlière et moi-même sur la suite de notre affaire pourriez-vous nous éclairer?

– Non

– Vraiment ? Il se met à rire aigre en frappant le sol d’un talon.Sont-ils venus ?

– Qui ?

– ces messieurs de la Police

– oui

– …

– …

– Et bien chère madame Marzio Ferrière nous vous saluons car notre promenade nous attend. Ils rient en s’éloignant.

Cette capacité qu’ils ont les gens de vous causer pour rien. ça me sidère.  Mon chien tire sur sa laisse.

« Poursuivons poursuivons »

Heureusement qu’il a de la suite dans les idées sinon j’aurais contemplé longtemps les silhouettes de monsieur et madame Billlière. je peux faire ça, contempler longtemps.

Les bourgeois, y a pas redire, ils savent vous coller le bourdon avec leurs phrasés et leurs manières d’impolitesse.

« pas pour rien pas pour rien » Mon chien décrypte.

– Pour connaître mon nom ? je peux suivre.

« ouais,  ouais »

J’ai suivi.

Épisode 12

es gens toisent.

Ma banquière me toise : mes découverts de découvert sont les manifestations à ses yeux de mes incapacités. C’est-à-dire de mes capacités à me mettre dans le pétrin du surendettement. Je comprends et je rigole : quand on perd son triple AhAhAh, on ferait bien d’être solidaire.

Moi, j’ai pas une dette colossale et en plus j’ai un train de vie qui va avec mon budget, simplement je ne gagne pas assez pour ce que je dépense, logique.

Elle, je ne sais pas quel est son train de vie et encore moins ce qu’elle touche. Toucher sa paye, c’est une expression qui fait image mais cette image ça marche plus parce que l’argent on le touche plus, c’est une idée l’argent, on touche pas les idées, on les palpe pas, elles pèsent pas lourd dans mon porte- monnaie ni dans le sien. L’argent qu’on gagne et celui qu’on dépense c’est des zéros qui ont pas de chair.

Moi, je dépense de moins en moins, c’est grisant n’empêche. Un plat principal par semaine, un paquet de tabac à rouler et les feuilles, le manger des bêtes, la litière des chats, le loyer, l’eau, l’électricité ( j’ai pas le gaz), la mutuelle, un luxe, la taxe d’habitation, le sans plomb 95, les assurances voiture et habitation, la carte kangourou qui traîne en longueur le paiement de trois fringues usées avant d’être payées, quoi d’autre ? Un peu de sous pour mes filles, il manquerait plus que ça. Même les livres, fini, j’en ai en cave. Alors d’où qu’il vient ce découvert de découvert ?

« C’est que la proportion entre ce que je gagne et ce que je dois dépenser n’est pas respectée, tout est trop cher. Hein! »

Elle me toise la banquière. J’ose pas penser ce qu’elle pense à l’instant, trop émouvant.

Peut-être les agios ? Les lettres qu’elle m’envoie pour me convoquer dans son bureau ?

 » Oui, vos agios et vos lettres vous croyez pas qu’ils creusent mon trou ? »

 Très émouvant. Elle se tortille la banquière, elle se coince un pied dans la roulette de sa chaise à ordi en faisant volte face pour éviter de se trahir, émue.  Elle reste stoïque la banquière, ça se voit pas qu’elle a mal.  Je tique. J’aime pas qu’elle ait  mal,un vieux réflexe.

Solidaires. Oui, moi et la banquière on pourrait l’être. Elle ne se doute pas à quel point, moi si : l’habitude des emmerdements.  Elle rejoint petit à petit mon chemin de galère : aujourd’hui, elle toise, banquière, demain, on se reconnaîtra dans la file à Pôle Emploi.

Oui, je l’affirme : après les pauvres, les un peu moins pauvres, après les un peu moins pauvres, les encore moins moins pauvres, une chaîne sans fin jusqu’aux déclassés, les riches, ceux là ils ont encore le temps de nous souffler dans le cou dans la file, ils seront jamais aptes à faire la queue parce que travailler c’est pas pour eux, ils savent pas aujourd’hui alors demain!

Bon, mon raisonnement est un peu simpliste parce que c’est pas le travail qui enrichit les pauvres, ça se voit plus depuis longtemps. Pourtant, les riches y sont riches et les pauvres, pauvres. 

Cette banquière là, elle te serre pas la main ni à l’arrivée ni au départ, ça doit être les consignes à propos de la grippe, il manquerait plus que ça que son travail l’expose.

Je repars vers ma colline, la ville basse à mes pieds.

Episode 13

Prof ça t’expose. Quand un gamin tousse y en a quarante qui enchaînent et toi, bonne poire, tu ramènes chez toi des kilos de postillons grippés, ça expose prof.

J’ai fait la prof de français suppléante et la prof de philo, mais y a moins de suppléances : on n’enseigne pas autant la philo que le français. Y a des évidences. C’est prof de français qui grippe, logique : tu t’exposes plus longtemps. La philo c’est presque garantie sans risques de contamination vue que le temps d’exposition est court.

Ma grande elle fait philo, son amoureux aussi, ils seront pas trop exposés s’ils font profs. Enfin lui, je sais pas, vu qu’il est un peu noir : il est peut-être plus fragile. C’est pour ça qu’ils en veulent pas à Sciences Po et à la Sorbonne, comme prof, mettre un noir en péril c’est récolter des sarcasmes : « T’as vu encore un noir qui trinque! »

Arrivé chez moi Mon chien m’attend pour sa ballade du soir.

Nous cheminons tandis que je reprends le cours de mes pensées, il a l’habitude, il rattrape en plein vol. Au fait Mon chien, c’est son patronyme, comme Madame et Monsieur Billière.

Surtout qu’à la Sorbonne y a pas mal de grippés, dû aux courants de pensée datés 68 au carbone 14 : c’est du vieux mais ça s’accroche pour contaminer. A Sciences Po aussi, peut-être, va savoir.

 Pourtant, il est balèze, genre fils naturel de Mitterand, le François, t’es con, pas l’autre, la culture c’est pas si fertile!

Il a fait major à Sciences Po par amour pour son père illégitime. Il donne des cours d’histoire à domicile, il passe bien dans les banlieues. Là où il prend des risques c’est dans les transports, ça expose les transports.

Paris intra-muros, ils ont jugé que c’était pas pour lui, ils veulent donner une chance à tous dans sa boîte.

« Tout le monde peut pas s’appeler Mazarin »

« Mazarine, pourquoi tu dis ça Mon chien ? T’es hors sujet, je te parle d’injustices et t’es québlo sur le prénom d’un enfant illégitime ? »

 » Mazarin Mazarin ça peut aider. Bon noir bon noir »

– Excusez le il est enrhumé, BON SOIR BON SOIR » que je fais.

Mon chien pissant je n’avais pas vu s’approcher un groupe au sein duquel Madame et Monsieur Billière paradaient. Ils n’avaient visiblement pas prêté attention aux propos de Mon chien, ouf, des fois ça sert d’être pas remarquable.

– Bonsoir bonsoir Madame Marzio … Ferrière! Belle soirée n’est-ce-pas!

– En effet, en effet, quel beau pays que le nôtre! exultais-je. S’ils croyaient que je savais pas m’exprimer pour dire.

Mon chien m’entraîna aussitôt sur la pente abrupte d’une de ses furieuses envies de repisser qui le saisissaient parfois la nuit tombée. Laisse tendue, je souris.

– En effet Madame Marzio … Ferrière! Le groupe les suivait en me jetant un oeil vide.

Tous s’éloignèrent d’un seul pas. Je n’étais décidément pas des nôtres.

« Des leurs des leurs » reprit Mon chien très à propos.

Épisode 14

En ces nuits de début d’hiver, presque Noël, je fais des bilans.

Finalement, je sombre dans l’incertitude : qui suis-je ? Où vais-je ? Mais en ce qui concerne les bourgeois, les  bilans sont écrits depuis longtemps : je ne les aime pas.

J’aime ou j’aime pas, eux, j’aime pas.

Vous me direz : c’est qui les bourgeois ?

C’est ceux qui sont pessimistes.

Ceux qui, riches supputent la noirceur des gens et des choses du monde et se bâfrent, cyniques, de cette noirceur.

Ceux, qui, pauvres, si si y en a parce qu’ils copient pour faire riches, combattent cette supputation et se satisfont ainsi  de cette noirceur, ramollis à cause de leurs convoitises, y en a qui disent « ambitions »à la place de convoitises.

Des fois ils font de la politique, ils s’improvisent mécaniciens, c’est ça les politiciens-ciennes, ils pondent des devis et des explications aux malheureux et aux malheurs du monde qui noircissent encore plus le tableau : c’est foutu pour la joie quand ils s’en mêlent, ça roule plus. Tu me diras : « Il en faut qui se dévouent. »

« ouais »

Des fois, ils se mêlent de rien, c’est pas mieux parce qu’ils ont quand même des idées sur tout.

Moi, je me satisfais pas des gens et des choses du monde quand ça pue, quand ça a l’oeil mauvais et des méchants rictus. Monsieur et Madame Billière, par exemple, j’aimerais bien qu’ils soient pas ce qu’ils sont, qu’ils soient meilleurs, comme de bonnes miches de pain, francs du collier et sans rancune, tout ce qu’on dit sur les gens bons.

« Gens bons gens bons » Mon chien.

Monsieur et Madame Billière ne sont pas des gens bons, j’en suis sûre et je reste optimiste, pas bourgeoise par conviction : ils peuvent s’améliorer.

Des gens bons j’en ai connu, des vraiment bons. Quelques uns mais ça suffit pour avoir des repères quand on grandit et ensuite qu’on vieillit en rapetissant.

Je ne citerai pas tous les noms, la pudeur, surtout que certains sont vivants, d’autres morts ; pour ceux là je dirai que c’est sûr, ils étaient bons, ces gens.

Ils étaient si bons que leurs vies allaient de soi, pas de méchantes paroles, pas de vilaines actions, des jours et des jours sans vilainies, un engrenage bien rôdé jusqu’à la mort.

Des gens bons qui ont pas donné ni plus ni moins que ce qu’ils pouvaient donner. Qui voyaient le monde avec des yeux vivants, prêts à rire, à sourire, à pleurer comme ça se présentait, sans mauvaise pensée.

Le monde ni blanc ni noir, bien au contraire, qui savaient, ces gens bons, qu’on est tous dedans pour un temps, que chacun y a droit comme il est, au monde.

Michel était un gens bon, par exemple. Il avait l’indulgence incorporée. Parfois ça m’agaçait cette indulgence, il ne se servait pas des marche-pied du sarcasme, des certitudes héritées,  pour voir le monde. Il prenait son temps et s’éloignait bouche cousue quand ça aurait pu le faire déraper vers du moins bon pour lui, dedans, pour tous, dehors.

ça végétait dans sa tête puis une pousse pointait le nez dans le monde, dehors : « c’est la vie cocha, c’est les gens cocha » , une fleur frêle, dans la brise, Michel, dedans.

Il est mort le lendemain de l’assassinat de Kadhafi, à croire que pour équilibrer les pertes et profits, il fallait que Michel parte. C’est tragique que le monde est perdu Michel.

Le 21 Octobre 2011, il y a eu beaucoup de morts comme tous les jours, il y a eu des gens bons morts et des gens pas bons morts aussi. Je constate, c’est tout.

Episode 15

Les pires des gens pas bons sont ceux qui font des méchancetés avec conviction : ils y croient à leur faire.

Ils regardent le monde avec condescendance et paf, une méchanceté! ça lui apprend la vie au monde, ça le ramène dans le droit chemin, parce que le monde il faudrait pas qu’il s’imagine qu’il peut durer sans méchancetés.

Comme les infos qui alternent du bien : Manger cinq fruits et légumes par jour, et du pas bien, vous aurez moins de sous pour les acheter, c’est la crise, surtout si vous êtes pauvres, vieux et malades.

C’est un exemple de méchanceté, il y en a d’autres.La logique ? C’est que les gens pas bons font les JT.

Sans eux y aurait pas l’info parce que manger cinq fruits et légumes par jour, ça fait pas recette dans les ménages, c’est vrai, c’est pas facile d’en dire quelque chose. « ouais, cinq et ça compte le soda à l’orange ? » qu’ils concluent les auditeurs attablés devant le plat de nouilles quotidien. C’est à peu près tout ce qu’ils peuvent en dire.

Mais si tu dis : manger cinq fruits et légumes par jour, et que tu ajoutes méchamment : c’est bon pour la santé, et dans la foulée de ta méchanceté : dommage que ça coûte si cher les fruits et les légumes, alors là tu ouvres la boîte au Pandore.

Tu entres dans le débat, politique si tu relies le tout, ça fait du syllogisme amer, c’est bon pour l’audience!

Les auditeurs attablés devant leurs assiettes vides, le plat de nouilles avalé, ils s’exclament : « Ouais c’est cher. »Ou bien pour les plus concernés,( ceux qui expliquent ce que tout le monde a pas bien compris) :

« Mais si! Donc si t’as pas le sou tu peux pas manger les cinq par jour, à peine dans le mois, donc c’est pas bon pour ta santé (ouais ouais ) donc il faut faire le lien entre les sous, les fruits, les légumes et ta santé : c’est politique, c’est amer, c’est logique. (ouais ouais) .Là dessus, on lève le couvert avec force d’énergie revendicative, ça résonne dans l’évier. ça bouste l’audience.

ça fait causer les méchancetés.

Les gens bons, ils écoutent, ils y pensent et ils se disent qu’ils ont rien à redire. ça fait pas monter l’audience, les gens bons.

Les gens bons quand ils écoutent les infos ils sourient des yeux, t’as pas remarqué ? C’est que le monde est cocha.

La politique !

« Non non » Mon chien.

« Si si je me déroberai pas, la politique, il faut en débattre. »

Episode 16

Quand j’ai fait la formatrice pour les pauvres, du bol, le RMI faisait son apparition sous la forme d’une loi, d’abord, d’une allocation, tout de suite, des solutions aux problèmes de la survie de tous ceux qui n’avaient pas de travail : toujours en débat, on cherche encore.

Bref, quand j’ai fait la formatrice, j’ai par opportunisme, contacté le gars qui avait pondu la loi, un bon gars, un député de gauche, pas un optimiste parce que un peu bourgeois, mais un mec bien tout de même. Une exception à ma règle.

Un de ceux qui n’aiment pas les gens pas bons et qui veulent que le monde s’améliore.

Il défendait son I au RM, c’est ce I qui le passionnait : Insertion.

Au début j’écoutais pas parce que j’en revenais pas d’être dans le bureau du président de la commission des affaires sociales, à l’assemblée nationale, moi, dans son  bureau !

Ensuite, remise de mes émotions personnelles, j’ai entendu ça m’a forcé à écouter. Il disait :

« Sans le I c’est foutu, la machine qui broie broiera! »

La machine qui broie! ça m’a arrêtée sur l’image : y avait une machine qui broyait ! Merde alors, j’aurais pas cru !

« La machine qui broie nous broiera tous. Le I on l’a arraché de haute lutte mais la droite lâchera pas elle l’éliminera. Le I c’est la clef de voûte, sans le I le RM c’est un crève la faim! »

A l’époque, j’avais pas bien compris jusqu’à quel point il avait la vue longue le gars,  parce que dire à des gens : « Vous aurez les sous mais en échange vous aurez le I. » C’est leur causer dans le poste aux gens, le I c’était le cadet de leurs soucis aux gens, les sous primaient, normal, ils crevaient de faim, c’était le présent qui comptait pas les lendemains enchantés promis par un I. Les sous ça enchante plus vite. Alors le I ils se méfiaient pas, ils croyaient que c’était une lubie inoffensive, ils savaient pas que c’était un piège!

Alors la droite elle a imposé son I (parce que au départ c’était elle la génitrice) pour emmerder tout le monde : « Avec le I ils vont être drôlement confus les ceux de gauche, ça veut rien dire et rien faire les pauvres, le I, c’est un os, donc le RM se cassera les dents sur l’os, il sera occis par le I et on lâchera pas le pognon. »

Parce que le I ça disait : des sous mais en échange des preuves demandées aux pauvres pour montrer qu’ils le faisaient pas exprès d’être pauvres, les pauvres. Et la gauche elle a ramassé le gant ainsi jeté : « Ah oui! Et ben nous on sait que les pauvres ils le font pas exprès, nous on va leur donner le droit à la dignité parce que la dignité c’est bien connu il faut que quelqu’un te la donne sinon tu peux pas prétendre, hein! Nous on va vous en pondre des actions d’insertion des pauvres et même qu’ils vous le cloueront le bec et l’os, les pauvres ! Et le pognon vous le lâcherez ! Vous le lâcherez! « 

ça  chauffait dans le demi-cercle !

Alors mon gars il cherchait des volontaires dans tout le royaume pour défendre les couleurs de son I … et je me suis présentée, innocemment, aux portes du château ! Si si je savais pas que c’était un os le I pour moi c’était une opportunité : faire parler les pauvres, j’aime ça, surtout quand les riches sont obligés de les entendre, pire de les écouter, mais n’anticipons pas, je poursuis chronologiquement.

Ce gars là, il pensait plus loin que l’an 2007 qui pointait déjà son nez en 1989. Il m’expliquait (je traduis ce que j’ai compris) :

 » Soit t’es dedans, tu bosses, tu consommes, tu vis quoi.

Soit t’es dehors : tu bosses pas, tu consommes juste ce qu’il faut pour ne pas tomber d’inanition et encore dés fois tu trébuches, et surtout tu fais chier ceux qui n’ont pas l’ombre d’une idée pour te faire recouvrer ton droit au travail, merde alors, c’est écrit dans la constitution : « Tout un chacun a droit au travail » ( c’est mieux écrit mais en substance ça veut dire ça).

 Enfin, le problème principal c’est que tu vis. Dehors. Insoluble!

Le RMI ça résout : t’as des sous et un I, t’es dedans. Tu peux crever mais là c’est ton karma. » (Il s’emportait dans ses explications, je suis certaine que le coup du karma c’était pour rire.)

En conclusion,sceptique, je me disais que les gens du dehors ils étaient quand même dedans sinon ils seraient nulle part.Mais j’ai pas voulu le contrarier, j’ai acquiescé du bonnet par coquetterie.

Plus tard, il a voté l’entrée en guerre contre Saddam, là j’ai craqué, je lui ai envoyé une missive pour marquer mon désaccord : on peut pas dire que ça broie quand on broie, faut pas parler la bouche pleine !

Je regrette pas, pourtant c’était un bon gars.

On était en 1989, deux siècles après 1789, j’en dis plus ou ça va ?

« Bon gars bon gars » Mon chien, lubrique.

Le 14 Juillet suivant, c’était chaud, les gens aiment les commémorations : en plus la Révolution, tu parles d’une pirouette, tête par dessus jambes, tu reviens là d’ où t’es parti, c’est grisant ! 

Le Peuple, j’en frissonnais, j’en étais ! Le peuple déambulait dans les rues en fête, pétards, cris, une guerre, factice, ça me faisait comme quand je regarde la télé : en plus j’étais dedans !

Peuple, je t’aime ! La nation en liesse ! Peuple à genoux attends ta délivrance ! Moi, je fréquentais les ceux qui pensent pour toi ! C’était grisant ! Je me répète : grisant !

ça m’émeut les liesses.

Episode 17

De retour dans » notre bonne vieille ville de Troyes »comme disait l’ancien maire , je fus convoquée chez le préfet, ouais, dans ses appartements, pour l’apéro. J’avais dans l’idée que mes frasques avec le député de gauche, ça passait pas bien. Ils voulaient tous savoir, les ceux élus du peuple, pour qui je roulais.

Moi, je ne leur voulais pas de mal avec le film (parce que on était en train de réaliser un film, en vidéo pas en technicolor tu rêves, un film qui causait de la rénovation d’un quartier pour les pauvres de l’après-guerre, une cité d’urgence qui avait vu naître la descendance de ces pauvres là. Les pauvres, depuis peu, au RMI, ils avaient pensé que ça serait bien mieux qu’il rénovent eux mêmes, ils avaient des couleurs dans la tête, en plus ils s’inséraient par la même occasion. Tout bénef !)

Mais. Mais le quartier, il avait un gros potentiel immobilier, centre ville, derrière la cathédrale : y en a qui convoitait!

Moi, c’est pour ça que j’étais allée voir le député, pour faire de la pub, un député qui écoutait les pauvres, du jamais vu, sauf pendant les campagnes électorales et encore devant les caméras de la trois! Et aussi pour les mettre aux pieds des murs les ceux qui pensent pour le peuple qui d’habitude dit rien, il allait causer le peuple et eux ils allaient écouter. Enfin, c’est comme ça que je voyais les choses et que je les ai expliquées au préfet.

Le préfet, il me servait des coupes, les unes après les autres, je suivais plus, je voyais bien qu’il était un peu embêté, il tirait rien de plus que la logique du I de mon discours : le I ça sert bien à ça ou je me trompe, que je lui disais, en substance, je risquais rien, ils avaient donné la subvention les ceux qui sont élus du département, ils avaient que le contrôle des sous pas de la réalisation du film.

Le préfet, il me regardait et plus il me regardait, plus il se servait des coupes et plus il se servait, moins il comprenait qu’elle était sa mission ce soir là. Il s’est torché le préfet, au frais de la république, moi non, j’aime pas le champagne.

Ce préfet là, il est parti faire le préfet de Paris, plus tard. Une sanction sûrement vu qu’il était corse, il avait pas obtenu le rapprochement de conjoints, le pauvre, j’espère que j’y suis pour rien.

Bref, même que lorsqu’on avait interviewé l’adjoint au maire de « notre bonne vieille ville de Troyes » (parce que le film c’était un mélange d’interviews : des pauvres, des ceux qui sont élus, du député et de tous ceux qui pensent pour les pauvres, les ceux qui sont élus et la députation, ça faisait un peu fouillis mais ça disait quelque chose de la vraie vie), l’adjoint il avait juré :

« Ici on a pas de ponts, donc le quartier il sera rénové et les habitants ils y resteront! » Il avait quand même ajouté sans rire :  » Ou alors si on peut pas il faudra rapprocher les locataires de leur source d’énergie : la forêt de Chaource. » Cet adjoint là c’était un bourgeois catholique, les pires! Ils font le bien avec conviction,c’est pas commun!

C’est pas ce qu’ils ont fait les ceux qui pensent, ils ont rénové avec le I et les sous qui allaient avec pour une grosse part, mais la rénovation a duré si longtemps que les pauvres ils étaient presque tous clamcés quand c’était fini. Faut dire que c’était humide et qu’ils chauffaient plus depuis longtemps même avec du bois vu que la forêt de Chaource c’est quand même à trente bornes. Et puis les pauvres même avec le RMI ça vit pas vieux, ça peut faire vieux mais ça vit pas vieux.

Ou alors ils avaient obtenu une promotion, genre déménager dans les HLM de la zup, alors pour que le quartier soit pas rénové pour rien, on y a mis les étudiants. ça passait bien pour les touristes, les étudiants, c’est tout de suite plus sympathique un étudiant, surtout s’il est pas pauvre, enfin à Troyes y en a des étudiants pas pauvres, si si!  Parole!

Dans le film, au début sur fond noir, on entendait la voix de Jean-Pierre, un qui avait le RMI et un cancer de la gorge :

« Le RMI c’est pas la troisième classe mais presque, dans les trains ça existe plus la troisième classe. »

« Ouais »

Mes aventures avec le I se sont arrêtées là.

Le député a démissionné de ces fonctions cinq ans plus tard, le nouveau maire de « notre bonne vieille ville de Troyes », il a hérité de cette dette envers les pauvres, cette dette d’honneur mais il le sait peut-être pas, en tous cas ça se voit pas qu’il le sait quand il parle à la télé vu qu’il est ministre.

Episode 18

Le RSA. Là, j’étais rangée avec mes alcoolos. Ils y avaient presque tous droit, mis-à-part ceux qui avaient l’AAH, j’y reviendrai.

Je m’étais résignée à voir disparaître le I, alors le S et le A m’importaient peu, vous pensez bien !

La magie des lettres ça ne me concernait plus : j’avais à faire, la santé, les addictions, ça c’était du lourd.

Pourtant, on ne m’enlèvera pas de l’idée que remplacer un I par un S et un A, ça a du sens, ça signe. S’il faut deux lettres pour en effacer une autre, c’est que la lettre effacée elle occupait trop le terrain, peut-être que mon député il avait pas tort : c’était quand même du gros gibier ce I.

Parmi mes ouailles, les alcoolos, y avait Henri, un miracle de gens bon. un bonhomme torché dans son sonacotra, du soir avec des restes le matin, jusqu’au soir suivant. Henri était tellement isolé dans son 12 m2 qu’il avait pas vu un dentiste depuis quarante ans. Quarante ans ! J’en revenais pas, y avait un record à battre, j’en étais loin mais j’y tendais entre deux caries. On a tendance à se comparer, c’est humain.

Il avait pas vu de toubib non plus sauf quand on l’amenait raide à l’hosto pour finir de cuver sous surveillance médicale.

Il était cardiaque le Henri, y avait dû y avoir un toubib qui l’avait remarqué à l’hosto, dés fois ça sert l’hosto.

Cardiaque, sans plus, il était toujours gentil avec moi, il faisait les poubelles devant le sonacotra et me donnait des choses exotiques vu qu’au sonacotra résidaient beaucoup de gens de l’Est en provenance du Havre ou en partance, ça dépendait.

Henri il a jamais trop compris pourquoi je venais le voir, il croyait que c’était par gentillesse, comme lui quand il me donnait les choses des poubelles. Il se doutait pas du tout que j’étais payée.

Il aimait pas ma voiture, l’ancien mécano en lui se désolait de l’entretien, il surveillait le gonflage des pneus, j’ai jamais voulu qu’il soulève le capot, j’avais pas confiance : c’est vrai, j’ai pas de préjugés mais un type au chômage depuis 20 ans ça perd la main.

Le coup des 40 ans sans dentiste ça m’a alertée : Henri était donc pas loin des 60., il fallait demander sa retraite, fini le RSA. La retraite ça pouvait lui donner un autre statut : « Vos ressources monsieur ? » « Je suis retraité. » qu’il dirait mon Henri aux guichets de l’assistance publique, à l’aise l’Henri, ça classe la retraite! Peut-être même qu’il aurait plus à les fréquenter les guichets.

Parce que tout cardiaque et alcoolo qu’il était, il fallait qu’il justifie de sa qualité à recevoir les sous du RSA : solidaire et actif l’Henri.

Il fallait que je l’accompagne tous les mois pour qu’il se montre coopérant avec les services, sinon, il oubliait, trop occupé.

C’était notre sortie avec ma voiture, il aimait ça rouler, il écoutait le moteur comme t’écoutes du Bach, le Jean-Sébastien.

La solidarité active ça lui causait à l’Henri quand je faisais les oreilles, la langue et les sourires aux guichets d’inspection et de comptage. J’avais de la pratique, je faisais ça avec presque tous mes protégés. Y en a qui appréciaient, pas l’Henri .Enfin, c’est pas qu’il aimait pas, c’est qu’il s’impliquait, toujours solidaire et actif, dans la relation entre le guichet et moi, c’est moi qui appréciait pas, je me sentais de trop parfois.

« Elle a un beau chemisier la dame et un beau sourire! » qu’il susurrait au guichet.

Le guichet reposait alors sa question : »Vous avez fait des démarches pour retrouver du travail ce mois-ci ? »

Le Henri il perdait pas le Nord, avec un gros clin d’oeil dans ma direction, il répliquait haut et fort :

« Oui Madame mais j’ai rien trouvé dans ma partie ! »

Le guichet enregistrait sa déclamation sans sourciller. ça lui suffisait au guichet, d’enregistrer. et nous repartions vers le super marché pour les courses du mois. ça faisait des économies de pas à Henri et de sous qu’il pouvait ensuite claquer chez l’épicier ambulant stationné devant son sonacotra, en allongeant le prix à payer pour sa passion de la bouteille.

Au super marché j’interdisais l’achat d’alcool, c’est que j’y croyais à ma mission de sevrage !

Bien-sûr, ça faisait pas du bien à son porte-monnaie à Henri.

Episode 19

Donc la retraite. Henri avait beaucoup travaillé, au noir.

Il avait retrouvé cependant quelques fiches de paie.

A cette occasion, il avait retrouvé aussi des photos de sa vie d’avant.

Il pleurait ce matin là devant les portraits de ses enfants, de sa femme, de ses voitures. Il pleurait tellement fort que j’ai regretté de l’avoir invité à retrouver son passé d’employé.

« Vaudrait mieux que je crève. »

Je voulais pas entendre, c’était pas juste, un gens bon comme lui, qu’on l’oblige à fouiller dans son bardât. Il nous faisait chier avec leurs lettres les ceux qui comptent : le I, le S, le A, ça pesait pas lourd dans les larmes du bonhomme.

ça pesait que dalle !

Sa retraite, il l’a quand même obtenu, on a rempli toutes les cases qu’on pouvait sur les papiers qui prouvaient qu’il l’avait bien méritée.

Bien sûr, elle lui garantissait pas plus de sous que le RSA ; pauvre hier, pauvre demain et aujourd’hui, logique l’ascenseur social est en panne, c’est pas parce qu’on est vieux et ancien mécano chômeur qu’on peut le réparer.

C’est pas parce qu’on est jeune non plus. Heureusement que c’était pas à 62 qu’il pouvait prétendre le Henri ça lui aurait fait encore plus d’étages à monter, à pieds.

Il est toujours vivant le Henri, dans son sonacotra de la rue François Serqueil, si si dans la  » bonne ville de Troyes » y a des noms de rues mal orthographiés ou alors y a des célébrités qui se sont tapés des noms prédestinés à servir d’adresse aux sonacotra.

Quand je me triture les méninges pour raconter tout ça, c’est pas simple de me dire que je les ai abandonnés mes Henri, tout ça pour ne plus regarder les gouffres au bout de leurs pas et pour montrer mon cul à qui vous savez et aussi  pour continuer à partir.

De ma terrasse, la mer est belle, les cieux aussi.

« C’est déjà ça, c’est déjà ça » Mon chien.

                                                                                 Chapitre III

Des amours.

 La plus belle lettre d’amour que j’ai écrite elle disait : »En lisant tes mots je peux sentir ton souffle, l’empreinte de ta voix. » La suite, je m’en souviens pas. je me souviens de cet amour là, c’était pas rien. Peut-être qu’il l’a gardée cette missive d’énamourée, va savoir.

Les amours, ça commence tôt dans une vie. Y a des gens à aimer tout du long.

Y a des gens qu’on aime parce que c’est l’heure, d’autres parce que y en a pas d’autres, d’autres parce qu’on les a choisis sur la foi d’un goût esthétique prononcé pour les belles gueules.

Y a des gens dans une vie, on les aime.

Surtout, on aime pour être aimé, sans blague, ça vous est pas arrivé cette affaire là ? A moi si, y a longtemps avant que je réalise que l’amour c’est que du bon quand on le donne. Quand on le reçoit, c’est encombrant parce que ça attache au miroir : »Dire qu’il aime cette tronche là, c’est vrai qu’elle est pas désagréable ma tronche, et mon cul, merde, j’ai mal au cou, il faudra mettre un miroir dans l’angle mort. »

ça attache à soi.

Des fois, on a besoin d’être attaché parce que sinon on flotte dans rien comme les morts.

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