Le lendemain. Re : on frappe, c’est pas l’heure des gamelles, trop tôt, huit heure, trop tôt pour les bêtes, le chien saute hors du lit où nous finissions notre nuit, moi avec envie de pisser lui aussi sans doute.

– Qui c’est ? Moi, derrière la porte.

– Police, un vieux fond de culpabilité me conduit à ouvrir illico.

– … Moi, en peignoir,comme dans les feuilletons, entrez

Ils entrent, ils sont deux comme dans les feuilletons, mon chien les renifle : « Bons flics bons flics »

– Vous êtes au courant pour l’homicide ?

– Oui, je fais sans fioritures. je m’étais préparée, prévoyante.

– Vous avez des informations à nous communiquer ?

– Non.

– Où étiez-vous hier entre 9 et 11 ?

– En ville.

– Des témoins ?

J’hésite pas longtemps, le vigile, vaut mieux pas.

– Non

– Un ticket de caisse ?

– Non, j’ai rien acheté.

Ils se regardent. Ils me regardent. Ils reniflent.

– Les chats .ça pue à cause des chats. Je fais celle qui est très concernée mais pas consternée, faut pas en rajouter.

– Y a des litières ?

– Ouais, moi j’en trouve pas qui soient efficaces vous en trouvez pas non plus hein madame ?

Je fais pas dans la coopération, ils m’auront pas avec la tactique du gentil et du pas gentil, les flics ,comme dans les feuilletons.

– Non mais moi ils sont quatre alors le matin forcément ça pue.

– T’as pas de chat toi tu peux pas savoir.

– Non j’ai pas de chat, pas de chien,

J’interviens pour détendre l’atmosphère ça pourrait dégénérer.

– Les victimes avaient des chiens je crois ?

– Comment le savez-vous ? Bingo, en choeur qu’ils ont fait, il vaut mieux que les flics restent groupés comme dans les feuilletons.  » Bons flics bons flics » Mon chien approuve.

– C’est un voisin qui m’a raconté.

– Qui ?

Alors là, la délation jamais!

– Je ne sais pas, je suis nouvelle dans la résidence, je ne connais pas les noms.

– Description ?

J’hésite, les chaussons ça peut pas cibler ici y a plein de vieux, je dirais rien de la fourrure.

– Des chaussons, vieux.

– …

Je me sens obligée d’en rajouter, putain de culpabilité ou alors trop de solitude, pour une fois que j’ai l’occasion de causer.

– Je ne croise personne j’ai pas des horaires adaptés à cause du chien (Je me sens merdeuse: impliquer mon chien…)

– …

– Il n’aime pas les autres chiens alors j’évite les heures où ça sort.

– Des altercations ?

– Pardon ? Je souligne l’incongruité de la question.

– Des altercations avec d’autres propriétaires de chiens ?

Visiblement, ils ont rien comme indices, tout est bon pour le rapport.

– Non jamais.

– Nous vérifierons.

« Bons flics bons flics » Mon chien aime le côté organisé des choses.

– C’est quoi vos heures ?

Là, ils le rongent l’os, j’ai pas le faciès mais on frôle le délit. Mieux vaut rester calme.

– Entre 9 et 11.

– Donc, hier entre 9 et 10 vous n’avez pas sorti le chien ?

Je récapitule en quelques nanos secondes, faut pas traîner.

– Non je l’ai sorti vers onze heure.

– C’est pas un peu tard ?

Il faut que je reprenne la main, un peu de hauteur ça classe.

– Peut-être mais je préfère éviter les ennuis.

– Les ennuis ?

Il faut conclure, je le sens, il faut conclure, vite.

– Oui.

Je donne rien de plus, ils font feu de tous bois.

Ils lancent des regards suspicieux sur mes choses, ils reculent vers la porte : Yes!

– Notre carte si vous apprenez autre chose. Je la prends et je les fixe, ça peut accélérer le processus, dés fois qu’ils aient eux aussi un vieux fond de culpabilité.

– Je n’y manquerais pas.

– Madame.

– Au revoir Messieurs Dames. Enfin Messieurs pardon.

Je tremble dedans, c’est pas vrai juste à la fin quand c’était sur le point,l’ habitude des politesses ça rend pas vigilant.

– Madame.

Ouf, ils ont pas relevé. Ils franchissent le seuil. Ouf, c’est fini!

Mon chien me fixe.

– Ta gueule le chien!

Les jours suivants, j’attends : rien sauf un article dans le journal qui en dit pas plus long, je suis pas citée.

La vie va.

 

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