Il y a du soleil, ça baigne dedans, je frissonne, toutes ces années d’avant, dans le froid, le gris, l’humide, brrr, l’humide, le gris, c’est ça qui reste et quelques arbres, quelques champs, quelques cieux : l’Aube.

J’ai été jeune mère, jeune épouse, jeune dans le gris et l’humide et ces temps ont passé lentement, j’ai appris l’exil.

Nous avions emménagé dans un faubourg de Troyes, petite maison, grand jardin, ma fille aînée a grandi là. C’était… bien? Je ne sais pas, c’était comme quand on est jeune, que les racines flottent au vent, à tous les vents qui veulent bien les faire danser, les prendre.

Je n’étais déjà plus là à peine arrivée, déjà plus là, en retrait, en attente de la fin de ça.

La fin j’ai dû l’écrire sinon elle ne venait pas : un divorce, un époux abandonné dans ses terres.

Je suis une ex-épouse, nous avons vécu une histoire qui était celle de l’époux, qu’il devait faire sienne : un mariage, un enfant, un travail. pas de hiérarchie, peut-être l’enfant d’abord, oui, sans l’enfant rien n’aurait émergé.

Mon histoire, je l’ai mise entre des parenthèses suffisamment puissantes, mâchoires terribles de la maternité qui retiennent près de l’enfant, longtemps. Je suis devenue mère, femme dans un foyer que l’époux s’employait à maintenir à flots : il bossait, il comptait, il prévoyait.

J’ai perdu beaucoup de moi dans cette histoire, je cherche encore les morceaux de la jeune fille, femme, mère que je ne suis pas devenue. Je porte ça aujourd’hui, ces absences du destin, ces larves ratatinées.

Je n’ai pas vécu tout ce que j’aurais pu vivre, en y pensant je rate la gamelle de la chienne et envoie la plâtrée valdinguer au sol : Merde! Et en plus ça frappe ! Merde : qui c’est ?

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