Ici ça manque d’arbres, des vrais, des majestueux, des solitaires. En Cévennes, il y en avait presque trop, quand on marchait avec Michel on ressentait comme une noyade, une noyade dans les arbres : il y en avait tant.

« Il t’aimait tant. » C ‘est drôle comme on perd les écrits, ça a du sens de les perdre. Cette pièce je ne pouvais pas l’écrire jusqu’au bout, j’aurais écrit du moche, genre confessionnal, séance chez le psy : vas-y que je me flagelle ou bien que je m’invente diablesse ou angélique avec des pouvoirs. Michel. Michel, c’est trop tôt pour écrire sur lui, sur nous, trop tôt ou trop tard, je ne sais pas.

Ces gens qui prennent des photos des endroits où ils se trouvent (pas si sûr qu’ils s’y trouvent), endroits qu’ils ne voient que dans le cadre de leur appareil : c’est pareil écrire sur. En plus, aujourd’hui ils ont des appareils qu’ils tiennent à distance des yeux, à bout de bras, dégoutés, ils saisissent l’instant à bout de bras. C’est étonnant comme ils s’exclament : »J’y vois rien! »

Hé, lâches ta boîte à images et tu verras hors cadre! En plein soleil ! Moi, Michel, je voudrais bien le voir hors cadre mais là je suis comme les cons, je vois que ce que je peux pas voir.

Alors j’écrirai pas sur lui ni sur cette vie qu’on a vécue, j’écrirai en plein soleil avec les bras collés au corps comme une pingouine. Je prendrai pas notre vie pour la coller dans un album ou la numériser dans une boîte à images.

Je continue à vivre sans lui avec mes images dans ma tête et pas sous les yeux.

Mes images de lui je me les repasse quand je ferme les écoutilles et je me vois avec lui comme si j’y étais, pourtant quand j’y étais je ne me voyais pas.

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