Catherine Ferrière Marzio, 
Premier épisode, le 5 décembre 2012

LE RIRE DES MOUETTES

CHAPITRE I

Un air de Noël sautillait dans le magasin. Je venais de perdre le début d’une nouvelle pièce de théâtre bêtement : erreur de frappe et hop envolée ! Je n’ai eu le temps de relire que les derniers mots « Il t’aimait tant. » Faut croire que vu que c’était la deuxième fois que je réécrivais et perdait ce putain de texte, qu’il n’était pas bon, pas bon à faire lire à ma fille.
Donc, un air de Noël dans un magasin, qu’est-ce-que je vais bien pouvoir lui offrir maintenant ? C’est avec cette question que j’étais entrée ; une pièce de théâtre c’était depuis quelques temps tout ce que mes finances me permettaient. Au chômage, avec des envies de riches, un découvert géré au plus raisonnable, et pas la moindre idée de quand je retrouverai un job. Avec ça, cinquante ans, solitaire, femmes à chats affublée de deux chiens, je cumulais les ennuis.
Dans cette ville je m’étais installée à l’aventure : la mer, l’accent, ma mère.

De quoi ça causait cette pièce ? Ah oui, de moi, de ma grosse peine à exister, de la mort de Michel, récente, improbable avant, irréfutable aujourd’hui, il est mort.
Comment disait-il le poète ? « Remballez le soleil, la lune, les étoiles, il était mon Sud, mon Nord, mon Ouest »
« Vous cherchez quelque chose Madame ? » Tiens, le videur, black bien-sûr,, « oui, toi mon poulet! » j’aimerais avoir les couilles de répondre ça du tac au tac, mon Est, ça doit pas être remballez, démontez ! Démontez Le soleil, la lune et les étoiles, « je peux vous aider? »
– Toi, ça m’étonnerait mon bichon!
– Pardon ?????
Oh putain! Je l’ai dit, vraiment prononcé ! je vais mieux ! Putain je l’ai dit !

Bon, je m’éclipse.
– Allez, sortez sans faire d’histoire !
– Comme tu veux mon coco !
– C’est qu’elle remet ça la dame !!!!!
Il est devenu tout cramoisi le noir.
J’ai filé à l’anglaise, quatre mariages et un enterrement, moi c’est deux mariages et un enterrement. L’air de Noël s’éloignait, le rire des mouettes ça fait pas Noël blanc mais c’est ce rire qui accompagne mes pas. Elles rient pour un rien ces bestioles, enfin moi je dis qu’elles rient. Putain j’ai dit ça à un black en plus, avec mes fringues, normales, ma tronche, de mère de famille, de veuve, de chômeuse, je l’avais sortie cette répartie, merde alors !
Un grand rire dans la tête ça m’a fait, comme les mouettes sauf que moi ça s’entendait pas.

Publicités