Que se passe t-il avec la vieille et la bête ?

 

Il y a d’abord cet étrange mélange de grâce et de noirceur, ce cri déchirant de cet ancien corps dansant sans retenue « que reste t-il après la danse ? Dieu seul le sait » Dieu, c’est la fatalité du corps vieillissant, cet autre qui nous rappelle à notre animalité si humaine. Le si grand traumatisme de ce déchirement entre l’âme et le corps… Question de philosophe : Descartes nous montre que nos sensations peuvent parfois sembler si réelles dans l’atmosphère de coton du rêve. Eh bien Ilka nous emmène rêver sur nos vies et sur notre mort, elle la personnifie et la rend prisonnière en haut d’un arbre. Elle le choisit pommier, arbre fruitier maudit entre tout autre, fruit de la connaissance, elle le fait distribuer allégrement par son acolyte Simone Decloedt. Et, puis Ilka accouche d’elle-même, de sa propre bête. On ne compte plus les moments où l’on ne sait plus si c’est la marionnette qui se meut sur scène ou elle-même. Saisissante frontière instable perméable… D’une joie, on passe à une mélancolie mais, toujours avec le sourire grâce à Alexandra Lupidi, qui par sa luminosité devient notre repère. On ressort autrement de ce spectacle et grâce à ce duo, on en sort bien, un plus aguerrie face à notre destinée (petit « d »), un peu plus humble aussi.

 Céline HUOT

Au Théâtre de la Commune

Petite salle, du 27 novembre au 17 décembre

La Vieille et la bête

conception Ilka Schönbeinavec Ilka Schönbein, Alexandra Lupidi musicienne, Simone Decloedt régie générale et Anja Schimanski régie lumières

 

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